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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Douce France

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Elisez-moi !
Elysée eux !

Eux, ce sont Evelyne, Pierre-Marie et Capucin, conseillers du Président de la République depuis 55 années au Château de la rue du Faubourg Saint-Honoré.
Oui, oui, vous avez bien lu ! 55 ans !

Des archétypes d’énarques passés également par Sciences-Po, comme il se doit, et qui ont élevé le conseil auprès du premier personnage de l’État au rang d’art de vivre.

Des hauts-fonctionnaires qui vont nous faire vivre de l’intérieur les heurs, bonheurs et malheurs confondus, de la cinquième République.
Une façon de nous faire réviser notre Histoire contemporaine par le filtre de l’humour, mais également par le prisme d’une vision très saine de la relation qu’ont ces hommes politiques vis-à-vis du pouvoir, et ce, quelle que soit leur étiquette.

Telle est la formidable idée de départ de cette pièce écrite, mise en scène et interprétée par Stéphane Olivié-Bisson et David Salles. Delphine Baril interprétant le personnage d’Evelyne, sorte de Dir-Cab omniprésente.

C’est d’ailleurs elle qui pénètre dans la salle, après que Charles Trénet avec sa chanson éponyme et Serge Gainsbourg avec sa version reggae de la Marseillaise se soient tus, c’est elle qui pénètre dans la salle, donc, pour nous faire visiter l’Elysée lors d’une journée du patrimoine.

Durant une heure et quarante cinq minutes, nous voici  au milieu des ors de la République (un coup de chapeau appuyé à Angélo Zamparutti, qui signe la belle et très efficace scénographie).

Stéphane Olivié-Bisson et David Salles vont nous faire revivre avec énormément d’humour les grands événements politiques français survenus depuis l’année 1966, ce qui ne nous rajeunit pas.

Oui, nous allons beaucoup rire. Un rire sain, pas du tout populiste.

Les deux compères ont réalisé un très important travail de recherches d’archives, dont beaucoup de photos et de documents video, qui sont projetés au lointain, en plus du portrait des présidents successifs de la Vème.

Avec souvent un décalage entre les déclarations et les faits. Un décalage qui bien entendu provoque l’hilarité.

Mais ne nous y trompons pas.
Pour concevoir un tel spectacle, il faut avoir une sacrée connaissance de son Histoire et de la chose politique !

Ce à quoi nous assistons est très pédagogique.
Hier soir, de jeunes spectateurs sont sortis de la salle en ayant fait bien des découvertes.
Des spectateurs plus âgés ont quant à eux bien révisé, certains avouant qu’ils avaient complètement oublié telle ou telle affaire…

Pédagogie hilarante souvent, comme par exemple lorsque David Salles nous explique à grand renfort de gestes la théorie du ruissellement… Vous n’en saurez évidemment pas plus.
C’est grandiose !

(J’ai particulièrement aimé la réponse faite à ceux qui postulent que finalement, « le Front National, on ne l’a pas encore essayé »… Bravo, Messieurs ! Et je n’en dis pas plus...)

La comédienne et les deux comédiens ne ménagent pas leur peine.
On ressent très vite leur vis comica, grâce notamment à un texte souvent jouissif, avec des formules à l’emporte-pièce qui font mouche à tous les coups.
Je vous raconterais bien celle qui concerne les mensonges de Jacques Chirac, mais ce serait déflorer un formidable effet comique.

Pour marquer le temps qui passe, MM Salles et Olivié-Bisson ont eu recours à de nombreux changements de costumes, mais également de perruques, ce qui provoque également beaucoup de rires.
Un accessoire figure également le déroulement temporel : les téléphones. Les conseillers du Château, ceux que le Patron appelle en permanence…
Là encore, voici un excellent travail de recherche.

 

Et nous de retrouver les affaires de la Vème : la Françafrique, l’affaire Robert Boulin, le SAC, le Rainbow-Warrior, l’affaire Bousquet, la séquence Khadafi, j’en passe et non des moindres.
Et nous de nous souvenir des «grands » hommes gravitant dans ces hautes sphères : Charles Pasqua, Jacques Foccart, La famille Balkany, MM Strauss-Kahn, Cahuzac, De Rugy et consorts…

Des moments chorégraphiés sont eux aussi hilarants et très réussis, comme notamment ces scènes symbolisant l’arrivée au pouvoir de Georges Pompidou ou de Nicolas Sarkozy.

Il me faut également mentionner le remarquable travail d’Adrien Beccaria et Thibault Delage en matière de création sonore. C’est aussi un spectacle qui doit s’écouter attentivement.

La dernière partie provoquant nombre de fou-rires dans la salle conclut magistralement la pièce, avec la France transformée en Start-up Nation, et la gestion calamiteuse de la pandémie…

Ce spectacle est de ceux qui se dégustent avec délectation et sans modération aucune.
Les cent-cinq minutes de cette épatante réussite théâtrale passent décidément trop vite.
On apprend, on révise, on revoit, on revit, on retrouve, on se souvient, et surtout, surtout, on rit. Enormément…
C’est un vrai bonheur !

Mais au fait, dans cinq ans, la pièce pourra durer un peu plus longtemps, non ?

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