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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Theo Croker en concert

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Des volutes de fumée parfumées….
Celles du bois de palo santo, l’essence sacrée d’Amazonie.

Un petit bâtonnet incandescent, que Theo Croker pose délicatement sur le rebord du Yamaha demi-queue, avant de brancher sa trompette aux boîtes d’effets qu’il utilise.

Incandescent…
Tout comme sa musique.
Tout comme le concert qui va plonger le Duc des Lombards dans une véritable transe.

Theo Croker, le jeune trompettiste qui fut élève de Donald Byrd, et que Dee Dee Bridgwater prit sous son aile.
Theo Croker, celui que nombre d’artistes tels que le rappeur et producteur J Cole, ou encore la chanteuse de R&B américaine Ari Lennox s’arrachent.

Le musicien originaire de Floride, est venu dans l’hexagone présenter son troisième et nouvel album : BLK2LIFE // A FUTURE PAST.

 

Un album qui va nous plonger dans les racines de l’identité africaine.
Comme une quête, comme un rituel initiatique.

A future past… Un passé antérieur…
« Il n’y a rien de nouveau sous le soleil, comprendre notre passé, célébrer le présent, et cultivons les sauts quantiques de notre futur.», écrit-il à l’intérieur de l’album évoqué » plus haut.

La musique de Theo Croker est donc une sorte de fusion, un passage entre la tradition, les racines, et le jazz le plus contemporain.
Nous allons vite nous en rendre compte.

Nous allons entendre un jazz très urbain, très actuel, avec des sons samplés, des loops lancés par grâce au progiciel Ableton Live 11, grâce à une interface Akai APC.
Un véritable design sonore que l’on doit au producteur D’Leo, qui non content de lancer ses échantillons, projette tout une série de graphismes animés, tout au long du concert.
Un concert que l’on écoute, que l’on regarde et que l’on sent, donc.

Le trompettiste est un grand instrumentiste.
Ce qu’il nous joue est à la fois technique et lyrique.
Seule, la note compte, plus que la démonstration de rapidité.

Il joue vite et haut, certes, mais c’est véritablement dans les mediums et les bas mediums que sa sonorité prend toute son ampleur.

Avec un petit souffle. L’air qui passe du corps humain au corps de cuivre de la trompette.

Ses pianissimi sont magnifiques. La salle retient son souffle.

 

Le musicien n’hésite pas à utiliser des effets en direct, tels que la reverb, ou l’écho, qu’il déclenche lui-même, pour donner une dimension aérienne à sa musique.
Il nous emmène alors loin, très loin, dans des nimbes éthérés.

Mais il ne fait pas que jouer.

Theo Croker chante, également.

Une voix un peu éraillée, avec elle aussi un léger souffle. Décidément…

Dans le titre éponyme, il va nous démontrer son flow : les paroles parlées défilent à toute allure, sur la mesure en 4/4.
Et puis un break : le flow se change alors en scat, sur une mesure ternaire.

 

Theo Croker nous fait alors constater sa capacité à assurer une transition entre la tradition et l’acid jazz le plus actuel.
De plus, il interprétera un magnifique « Never let me go », un standard des années 30-40, nous expliquera-t-il.

La tradition. Les bases.
Pour mieux s’aventurer sur les terres de la plus moderne des contemporanéités.

Il est accompagné, outre son designer sonore et video D’Leo par trois musiciens hors pair.

Au piano, Mike King, le bien nommé.

C’est lui qui se charge de l’accompagnement harmonique. Un solo magnifique, rempli de sensibilité, déclenchera mout applaudissements ô combien mérités.

Aux drums, Shekwoaga Ode assure une sacrée pulsation, un groove infernal.
Il a décalé des deux toms medium sur la droite pour laisser de la place à trois petites cymbales charley fermées, sur lesquels il base son ahurissant solo.
Les sons très aigus, les frisés sur les hi-hat à une vitesse ahurissante sidèrent et ravissent la salle.


Et puis à la contrebasse l’imperturbable Eric Wheeler n’est pas en reste. Lui aussi est un grand musicien, qui délivre beaucoup d’émotions.
Le duo basse-batterie assure un groove musclé qui fait que tout le monde a des fourmis dans les jambes.
J’en veux pour preuve le barman du Duc qui shake ses cocktails en dansant. Et ceci n’arrive pas tous les soirs…

Le dernier titre, « Hero Stomp » et le rappel « My life is a sunshine » vont conclure de très belle manière ce set qui a vraiment marqué les esprits.

Mister Croker, les anciens peuvent dormir sur leurs deux oreilles, les jeunes peuvent se réjouir, votre jazz constitue un magnifique mélange, une sorte de synthèse entre les trois époques qu’il vous plaît donc d’évoquer.

Sinon, il reste deux dates pour écouter et applaudir à tout rompre comme ce fut mon cas ce passionnant quintet.
Vous savez ce qu’il vous reste à faire.

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