Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Nos paysages mineurs

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Ceux qui s’aiment prendront la maquette de train.

Une nouvelle fois, Marc Lainé nous a concocté un spectacle qui relève de la réussite la plus aboutie, et ce, au niveau du fond comme de la forme.
Ca devient une vraie habitude chez lui.

J’avais beaucoup apprécié son spectacle Construire un feu, au Studio-Théâtre de la Comédie Française, dans lequel déjà, l’auteur-metteur en scène mettait en œuvre les mécanismes dramaturgiques et scénographiques qui vont assurer un vrai succès à ces Paysages mineurs.

Le fond, tout d’abord.
Une histoire d’amour, débutée en 1969, et qui va s’achever en 1975.
On sait ce qu’il en est des fins d’histoire d’amour, en général, notamment depuis que Catherine et Fred nous l’ont musicalement démontré.

Nous allons la suivre cette histoire-là, dans un compartiment de train.
Ces six années seront condensées en une heure.
Nous retrouvons les principales phases de l’histoire, de la rencontre de Paul et Liliane jusqu’à leur rupture.

Grâce à une écriture ciselée, avec beaucoup d’humour, mais également quantité de passages très émouvants, intenses, Marc Lainé nous raconte ces moments avec beaucoup d’acuité, et réussit à nous proposer une métaphore de ces années 1970.
Une révolution ratée.

Les deux personnages, issus d’un milieu social complètement différent, vont se livrer à la fois à une lutte amoureuse et une lutte des classes sournoise mais irrémédiable.

Le propos est très habile, et fonctionne à la perfection.
Nous allons nous prendre d’une vraie passion pour ces deux-là, et leur discours amoureux qui deviendra une rhétorique délétère.

Quel plaisir de retrouver Vladislav Galard, après l’avoir quitté à l’Odéon, voici un mois, en poignant Dimitri et en Mme Khoklakova très peu light chez Sylvain Creuzevault !

 

Le comédien incarne un professeur de philosophie doté de beaucoup d’humour (la scène de « drague » est hilarante), mais qui va se montrer de plus en plus hautain, méprisant, fier de son succès d’écrivain.
Ses ruptures, ses mimiques, ses regards souvent étonnés voire hallucinés sont toujours aussi épatants.
Il nous fait beaucoup rire, mais parvient à rendre son personnage antipathique, pour terminer sur une réelle ambiguïté.
Une sacrée composition !

Adeline Guillot est Liliane, une fille de vrais prolétaires picards, voire de petites gens du quart-monde.
Sa composition est elle aussi formidable.
(Je crois que le choix du prénom n’est pas innocent, n’est-ce pas Georges ?)
Elle est totalement convaincante dans ce rôle de femme qui va décider de s’affirmer face à un homme condescendant, et ne plus accepter l’inacceptable.

Voilà pour le fond.
Pour la forme, Marc Lainé poursuit sa passionnante vision scénographique d’un mélange de différents média sur un plateau, afin de nous permettre d’ouvrir l’horizon, de nous montrer un élargissement visuel qui transcende les quatre murs de la scène.
En quelques mots, faire exploser l’espace, et ce, grâce à une scénographie millimétrée.

Trois caméras motorisées vont filmer ce que nous ne pourrions pas voir autrement, et qui sera projeté sur un écran, avec un filtre avec rayures « à l’ancienne ».

Des gros plans sur les visages des comédiens, tout d’abord.
La succession de ces plans dans un compartiment immanquablement évoque immanquablement Hitchock ou De palma.

 

Un séquence formidable et très réussie elle aussi rendra hommage également à Jacques Demy… Je n’en dis pas plus...

Le paysage et le train sont également filmés.
C’est une maquette, hyper-réaliste,très bien éclairée, avec un modèle réduit, qui sera filmée de très près, afin de visualiser en grand les paysages.
Mineurs les paysages, comme nous le dira Paul…

Le procédé, comme pour le spectacle se déroulant dans le grand Nord évoqué plus haut fonctionne à la perfection. Nous sommes vraiment à la fois dans ce train, et dans ces paysages reliant Paris à Saint-Quentin.

Les deux comédiens ne sont pas seuls sur le plateau.
Outre un contrôleur-machiniste, un musicien. Et pas n’importe lequel.

Vincent Segal, au violoncelle, improvise sur des thèmes qu’il a composés.
En pizzicati ou à l’archet, c’est selon, celui qui naguère avec Cyril Attef créa le groupe Bumcello participe vraiment à la dramaturgie, ne faisant pas qu’illustrer ce qui se passe sur scène et à l’écran.
Un autre vrai atout de la soirée !

Au risque de me répéter, ce spectacle relève de la réussite la plus totale.
Il faut absolument diriger vos pas vers cette gare du théâtre 14, afin d’embarquer dans ce transport express régional.


Vous ne pourrez faire autrement que de réserver une véritable ovation finale, comme ce fut le cas hier en ce soir de première, aux différents protagonistes de ce spectacle majeur-là !

© Photo Simn Gosselin

© Photo Simn Gosselin

© Photo Simon Gosselin

© Photo Simon Gosselin

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article