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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Istiqlal

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Des femmes voilées, irakiennes.
Des femmes violées, parce que colonisées.


Ou comment les violences subies par les corps féminins lors des occupations coloniales, (Messieurs les Anglais, suivez mon regard…), comment ces violences-là résonnent dans nos sociétés contemporaines.

C’est la question que s’est posée Tamara Al Saadi, dans cette pièce qui n’est pas sans rappeler les thématiques et les traitements de Wajdi Mouawad, qui a déjà tellement dit et écrit en matière de traumatismes liés aux persécutions et aux violences subies au Moyen-Orient.

Comment cette occultation par une aïeule du viol peut-elle se répercuter sur les générations futures…

 

Volonté de passer sous silence ou besoin de savoir, de comprendre, appropriation du drame...

Tamara Al Saadi a cherché à savoir ce qu’il en était sur le terrain, en allant interroger des reporters de guerre, des chercheurs sur le monde arabe.
Et puis des membres de sa propre famille.
On n’écrit pas évidemment pas sur un tel sujet sans être soi-même en proie à des résonances familiales.

Il y a une dimension sociologique dans son travail, qui se traduit sur le plateau par la capacité de mettre en mots et en images ce qui n’est pas dit, ou ce qui est refoulé dans une conscience collective familiale.

Elle a ainsi souhaité montrer les conséquences du poids du traumatisme sur une histoire d’amour contemporaine.

Celle d’un couple franco-irakien, entre Leïla et Julien.
On comprend évidemment que ce couple constitue la métaphore d’une relation entre le monde occidental colonisateur, et le monde oriental, le monde colonisé.

Les mécanismes au sein de ce couple sont disséqués de façon assez fine et l’on s’aperçoit très rapidement que le jeune femme souffre d’abord inconsciemment puis très intimement de ces violences subies voici plusieurs générations.

Alors, oui, il y a quelques longueurs.
Oui, la pièce gagnerait sans doute à être resserrée.

Mais ceci dit, les dix comédiens qui parfois jouent plusieurs rôles, ne ménagent pas leur peine ni leur énergie, et nous offrent de bien beaux moments.

Nous verrons sur le plateau ces générations multiples, jeunes et anciennes.

Grâce à la dramaturgie théâtrale, elles pourront se rencontrer et dialoguer entre elles.

Le couple David Houri/Julien et Mayya Sanbar/Leïla fonctionne très bien.
J’ai été très accroché par ce qu’ils nous disent et nous montrent.
Mademoiselle Sanbar conclura la pièce de belle façon, en nous faisant comprendre que la vie peut reprendre le dessus, que les psychés ont finalement intégré tant bien que mal le trauma.

Lula Hugot nous fait beaucoup rire, dans dans son rôle de la mère de Leïla.
Affublée de costumes et de chapeaux « improbables », avec des ruptures très drôles, la comédienne nous amuse beaucoup.

Quant à Tatiana Spivakova, donc les fidèles lecteurs de ce site savent à quel point j’apprécie son travail, Madamoiselle Spivakova nous démontre une nouvelle fois l’étendue de sa palette de jeu.

Elle est déchirante, lors de plusieurs scènes. Nous n’en menons pas large devant celles-ci.
Et puis, elle nous tire bien des rires, notamment dans un rôle d’interprète très appliquée, et très impliquée.


Cette troisième pièce de Tamara Al Saadi comporte donc de beaux moments de théâtre et s’inscrit dans la lignée du travail de Wajdi Mouawad.
Les multiples drames vécus au Moyen-Orient n’ont pas fini d’inspirer auteurs et dramaturges.

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