Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Gabi Hartmann en concert

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Oh Gabi, Gabi,
Tu veux nous chanter la mer ?

La mer… L’océan qui sépare la France du brésil.
Le jazz franco-brésilien de Gabi Hartmann.

De sa voix à la fois claire et feutrée, chaude et colorée de mezzo, Melle Hartmann nous tisse une bien jolie passerelle entre les cultures française et brésilienne.
Produite par Jesse Harris, celui de Melody Gardot, Madeleine Peyroux et de Norah Jones, excusez du peu, elle est actuellement en résidence au Duc des Lombards.

C’est d’ailleurs un titre de Mister Harris qui sera interprété pour ouvrir le bal, «It ‘s not too late to turn back ». Il sera d'ailleurs lui-même, en personne, à la guitare.

Et puis, avec beaucoup de délicatesse et des sensibilité, la chanteuse va nous dire les mots gorgés de soleil, aux sonorités chuintantes et délicates.

Avec ses musiciens, s’accompagnant souvent à la guitare acoustique, elle va nous interpréter et jouer la tristeza, la tristesse du pays du Corcovado, érigée en art de vivre.

Immédiatement, dès les premières notes, le charme opère.
Nous voici plongés dans un jazz personnel et délicat, grâce à des compositions très abouties, dotées de subtils arrangements.
Des chansons qui nous disent les amours plus ou moins contrariées, « pour ceux qui se sentent hésitants en matière de relations amoureuses », nous dira-t-elle de façon très drôle, avec un regard espiègle.
Sans oublier des reprises de chansons françaises.

Nous allons assister à de passionnants échanges musicaux avec Robby Marshall à la clarinette, clarinette basse et à la flûte, Florian Robin au piano et au minuscule orgue, sans oublier Paul de Robillard à la Télécaster.

Côté rythmique, Elaine Beaumont à la contrebasse et Bruno Marmey aux percussions délivrent une pulsation tout en finesse, dans de sensuelles boss-novas.

Et puis des reprises, donc.
« Maladie d’amour », d’un certain Henri Salvador, dont beaucoup de musicologues s’accordent à penser qu’il fut l’inventeur de la bossa, ayant eu l’idée de ralentir une samba traditionnelle.

Gabi Hartmann fait véritablement sienne cette chanson, en donne un angle passionnant, et en y révélant un sens qui peut-être nous avait échappé.

Voici venir une chanson traditionnelle du Nord du Brésil, interprétée là-bas par des femmes, qui improvisent.

Tiens tiens… Vous avez dit improvisation ?

Une reprise inattendue de Barbara, « Tu ne te souviendras pas », avec là encore, un épatant travail d’appropriation.

 

Ensuite, Mademoiselle Hartmann nous propose une pièce musicale qui va nous remuer les tripes.
Une chanson intitulée « La mer ».
Pas celle du grand Charles, non… La sienne.
« La mer qu’on voit danser a des reflets de sang » en sont les premiers mots.
C’est un hommage à tous ces hommes et ces femmes obligés d’abandonner leur pays, leur famille, ne pouvant faire autrement que de s’exiler sur des radeaux de fortune qui bien souvent chavirent, avec l’issue fatale que l’on sait.
Un moment poignant du concert.
On peut chanter du jazz et avoir une réelle conscience politique.

Nous allons chanter, également, nous autres spectateurs.
Plus facile à écrire qu’à faire...
La demoiselle nous met à contribution, et nous ne boudons pas notre plaisir à nous essayer à entonner quelques mots de brésilien.

Le concert, trop court, bien évidemment, se termine avec deux rappels, « Coracao transparente », et « Eu moro na roca ».
Ô Brazil, encore et toujours, définitivement...

Gabi Hartmann sera chaleureusement et longuement applaudie, et ce, à juste titre.
Il n’est pas si courant que ça de découvrir une jeune chanteuse qui propose un jazz à la fois personnel et doté de profondes influences.
Une artiste capable d’embarquer toute une salle dans un passionnant voyage musical mais aussi intérieur.

Elle sera en concert le samedi 27 novembre prochain, au festival Jazz au Théâtre, à Fontainebleau, en première partie de Michel Portal.
Vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas...

Gabi Hartmann en concert
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article