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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Cent mètres papillon

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Non mais à l’eau, quoi !
L’eau qui vous porte, vous pousse, vous enveloppe et vous fait rêver.
L’eau chlorée qui peut également finir par vous faire douter, et vous décourager…

Cent mètres papillon, c’est l’histoire du jeune Larie, 16 ans, du Montpellier Université Club, en train de devenir nageur de haut niveau.
L’histoire de Maxime Taffanel.

Il nous attend dans l’obscurité, au lointain. Il arpente plusieurs fois de suite le plateau de jardin à cour, de cour à jardin.

Et s’assoit sur une chaise, face à nous.

Le comédien sait de quoi il va nous parler. Presque 9000 kilomètres de nage au compteur !
Tous les jours, dès le petit matin, week-ends compris.
Oui, la natation, il connaît.

La première chose qui frappe, dans ce spectacle étonnant, c’est la qualité littéraire du texte écrit par Maxime Taffanel.
Oui, ce qu’il nous dit est passionnant. Un vrai conte authentique et criant de vérité.

Et pour cause.

Mais ce texte, encore faut-il pouvoir le porter avec succès sur la scène, le dire et le jouer.
Ici, c’est pleinement le cas.

La reconversion de l’ancien sportif a très bien fonctionné.
Elève de l’ENSAD de Montpellier, ancien élève de l’Académie de la Comédie Française en 2012/2013, membre du Collectif Collecte, Maxime Taffanel va nous attraper dans ses filets pour ne plus nous lâcher jusqu’au noir final.

Ce qu’il va nous conter et nous montrer est purement et simplement captivant.

 

Moi pour qui le sport est un monde étrange dont je ne connais que fort peu les codes, les tenants et les aboutissants, je me suis pris complètement au jeu : j’ai été totalement fasciné par les enjeux de ce qu’il nous raconte.

Ici, il est question d’une passion dévorante, exigeante, parfois gratifiante, certes, mais à quel prix !

Et nous de comprendre les efforts, le rapport à l’eau, les rituels, les renoncements, les sacrifices pour arriver au plus haut niveau.

Ce spectacle quasi auto-biographique est souvent très drôle.

Le comédien joue souvent sur le registre de l’humour, avec de grands moments, comme celui consacré au coach.
Un entraîneur qui aurait un peu la diction et la faconde, les mimiques et la gestuelle d’un Aimé Jacquet au mieux de sa forme.
Nous rions énormément.

L’imitation d’un reporter sportif comme on n’en fait plus (ah si ? ), avec tous les tics de langage et le phrasé si particulier est également irrésistible !

Sans oublier une présentation de collègues nageurs aux championnats de France, ou encore un podium et une remise de médailles très drôle.

Mis en scène de façon très précise et très fluide (forcément…) par Nelly Pulicani, M. Taffanel ne va ménager ni sa peine ni son énergie.

L’expression « mouiller le maillot », ici en l’occurrence le haut de survêtement assorti aux yeux bleus, rarement cette expression aura pris tout son sens.

Dans de louables moments pédagogiques, il nous fait vivre son sport, son art, devrais-je presque écrire, tant par moments, de véritables chorégraphies nous sont montrées.

Le comédien qui a délaissé le haut et le bas reste alors en maillot, lunettes et bonnet.
Il vibre, virevolte, saute, rebondit, s’envole, retombe sur ses pieds.
Nous, nous sommes sidérés par ce ballet à la fois technique et très gracieux.
La grâce également, cette main qui imite l’ondulation du corps dans l’élément liquide.

Le travail de ce corps est alors mis pleinement en évidence, nous avons une idée de les hallucinantes technique et précision nécessaires à ce sport, surtout à un niveau on ne peut plus élevé.
Une technique qui rappelle celle des musiciens. La musique aura beaucoup d’importance dans le spectacle.

Et puis, le comédien va nous émouvoir. Beaucoup.
Le découragement. L’épuisement.
L’annonce faite au coach.
Je me suis surpris à compatir on ne peut plus sincèrement à cette décision qui nous est montrée avec subtilité et intensité. C’est une scène très forte.

 

Une scène qui va annoncer la fin de cette heure. Une scène qui sous-tend le passage à autre chose.
A l’élément liquide succédera un élément plus solide : les planches.

Vous aussi, venez donc plonger dans le grand bain, ne manquez pas cette reprise de ce fascinant seul en scène.

Une histoire de sport, une histoire de natation, mais également et surtout, l’histoire d’un homme qui voulait retrouver la parole après avoir passé tant de temps dans un univers liquide ne permettant pas à la voix de s’élever.

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