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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Toi tu te tais

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Narcisse, une histoire de reflet…

Dans un remarquable et étonnant spectacle, le Narcisse des lundis du théâtre Trévise nous tend un miroir numérique qui va refléter impitoyablement les dérives de nos sociétés que l’on dit modernes.

Des sociétés où plus que jamais résonnent ces quatre mots « Toi tu te tais », cette antienne de la censure universelle, ce credo de ceux qui ne veulent pas entendre un mot plus haut que l’autre.

Ces mots avec lesquels les censeurs ont tenté de tout temps de faire taire la révolte des idées et des concepts, de réduire au silence ceux qui ne pensaient pas comme eux.

Il entre sur le plateau, sanglé dans une tenue noire.
Narcisse le poète, le slameur champion de France de la discipline en 2013, lauréat du tournoi international de Chypre en 2017.

Narcisse l’assembleur de mots, celui qui sait dire, celui qui est cité dans l’Histoire de la littérature suisse.

Narcisse l’alchimiste.

Ce spectacle relève en effet de l’alchimie.
Sans pierre philosophale, mais grâce à un savant mélange de poésie, de théâtre, de concert, de performance video, nous allons en prendre plein les sens.
Derrière et devant neuf grands écrans LED mobiles et modulables, ce conteur des temps actuels va nous envoûter.

Narcisse, une voix, des yeux.
Un timbre grave, des yeux perçants qui semblent vous ausculter lorsque son regard croise le vôtre.

Un véritable charisme émane du comédien.

Le voici qui commence à dire ses textes subtils, ciselés et acérés, aux sonorités et consonances délicates, tendres ou drôles.

Et puis la technologie vient se mettre au service du propos poétique.
Mis en scène par Gérard Diggelmann, le comédien va interagir au moyen de divers artifices avec des images pré-enregistrées.
Un véritable travail d’orfèvre, et par moments une vraie chorégraphie.

Bien des sujets que l’auteur-diseur ne veut surtout pas taire vont y passer.

L’hypocrisie de notre monde contemporain qui à la jolie rondeur d’un sein préfère l’affreuse laideur des armes, ce monde empli d’experts en tous genres, capables de démontrer tout et son contraire, ces temps de dérisoire vacuité où sont vénérés les faux dieux matériels que sont l’argent, le pouvoir ou le profit.

Nous allons bien rire, également, notamment par le biais de fausses publicités télévisuelles, destinées à amorcer les différents sujets que le comédien va aborder.

Ah ! Quelles belles inventions que le dé à coudre, le boobs bypass, ou bien encore l’iwife ® !…
Je n’en dis évidemment pas plus, mais grâce à ces petites capsules video, l’hilarité gagne très vite la salle.

Narcisse n’est pas seul sur le plateau.
A jardin, Robin Pagès au moyen de sa guitare Fender vintera blanche, de son clavier et de ses machines électroniques assure le fond musical du spectacle.

Une séquence est particulièrement réussie, celle où grâce à une pédale-looper Kemper-profiler, il empile des pistes musicales pour aboutir à un hard-rock effréné.


D’autres musiciens apparaissent néanmoins dans ce spectacle, je veux parler des chanteurs-choristes des différents titres, que l’on voit filmés dans les vidéos.

Il faut absolument assister à cette heure singulière, originale et passionnante.
Ce spectacle à nul autre pareil est de ceux qui interpellent à la fois par le fond et la forme.


Quand poésie, musique et technologie s’entremêlent, s’entrechoquent et se télescopent pour aboutir à une vertigineuse réflexion sociétale.

C’est malin, très intelligent, très fin.
C’est un spectacle incontournable, on ne peut plus abouti et qui ne laisse personne indifférent.
Le public sort du Trévise enchanté, en parlant avec force compliments de ce qu’il a vu et entendu.

Ah ! J’allais oublier…
Méfiez-vous des rimes en « ique »...

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