Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Soie

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Aller au Lucernaire, et s’accorder une belle heure à « soie ».

La soie.
La caresse d’un tissu si léger qu’on pense ne rien tenir dans la main…
la sensualité d’une étoffe qui effleure la peau imperceptiblement…
Le chatoiement des couleurs mordorées, propice à tous les désirs et tous les fantasmes.

La soie.
Un luxe nécessitant au XIXème siècle de longs et souvent périlleux voyages pour en obtenir la matière première, des périples commerciaux destinés à rapporter en Europe les œufs des vers à soie.

C’est son métier, à Hervé Joncour, le personnage principal du roman d’Alessandro Baricco, que de parcourir les contrées extrême-orientales afin d’acheter puis de revendre une fois revenu dans le midi de la France les précieux œufs.

L’auteur italien publie cet ouvrage en 1994, dans lequel il va nous présenter ce commerçant international qui va vivre une histoire d’amour peu commune au cours de ses périples commerciaux au Japon.


Des voyages initiatiques, une quête mélancolique d’un amour fantasmé et la recherche d’un sens à sa vie.

Sylvie Dorliat, dont j’avais beaucoup apprécié le dernier spectacle, «La petite fille de M. Linh », ici-même au Lucernaire, a eu la bonne idée de porter ce roman sur les planches, et de nous dire la belle langue musicale de l’auteur.

Si le personnage principal est bien un homme, trois femmes vont occuper les esprits en permanence.

Hélène, l’épouse de Joncour, qui l’attend à Villedieu une bonne partie de l’année.

Une jeune et troublante japonaise, probablement la maîtresse de Hara Kei, seigneur de guerre japonais.


Et puis Madame Blanche, une tenancière de bordel nîmois, grâce à qui nous comprendrons le fin mot de l’histoire.

Mademoiselle Dorliat, seule en scène, nous dit de sa voix un peu grave ce récit délicat, prenant différents voix et différents accents afin de faire parler tous les personnages du roman. (Baldabiou et le maire de Villedieu sont épatants…)
Elle nous envoûte à dérouler son discours, ne nous lâchant jamais durant tout le spectacle.

William Mesguich, à la mise en scène, contribue à mettre en exergue la sensualité du propos, avec notamment une vraie réussite en matière de création-lumières.


Les doux éclairages, les ambiances tamisées, les contre-jours délicats, les teintes ocres, orangées nous transportent dans l’onirisme du récit.

Il est parvenu à matérialiser les trois femmes évoquées plus haut en les suggérant très joliment, derrière des rideaux de fils noirs.

Et puis, il y aura la scène finale, très subtilement mise en images.
Les idéogrammes japonais seront magnifiés par la sensualité de la peau.
Et non, vous n’en saurez pas plus.

Voici une entreprise artistique comme je les aime.
Cette adaptation pour la scène très réussie de ce beau roman constitue un bien beau moment de théâtre, où tous les parti-pris dramaturgiques fonctionnent à la perfection.

Venez donc vous aussi vous envelopper dans cette belle soierie théâtrale.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article