Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Magma en concert à la Laiterie-Artefact de Strasbourg

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Magma.
Les six griffes rouges en arc de cercle.
L’un des logos les plus connus de la scène musicale française, et ce, depuis cinquante ans, projeté par un projecteur écarlate au lointain.

La mythique formation menée aux baguettes par son créateur Christian Vander fête son demi-siècle d’existence par le biais d’une tournée européenne. Une tournée qui peut enfin reprendre après avoir été interrompue par la pandémie.

Magma.

Cinquante années de musique zeuhl et kobaïenne.


Cinquante années que Vander martyrise ses batteries Gretsch et ses cymbales Zildjian, toutes lestées de gueuses en fonte tellement les coups sont portés avec force.


Christian Vander au set immédiatement reconnaissable avec les huit fameuses cymbales, dont deux immenses China au diamètre impressionnant derrière lui.


Vander, le batteur aux ailes de papillon de nuit, tellement ses bras virevoltent à toute allure dans ses solos hallucinés.
Encore et toujours.

Magma.
Cinquante années de longues et intenses compositions envoûtantes, enivrantes, qui plongent le public dans de longues et profondes transes.

On ne peut comprendre la musique de ce groupe si l’on s’arrête à la seule batterie.
Magma, c’est avant tout la voix.
Les voix.

Ce postulat est réaffirmé par le line-up de cette tournée.
Sept chanteurs et chanteuses se retrouvent sur scène, (huit quand le patron s’emparera d’un micro, délaissant pour un moment ses baguettes).

Emmenés par Stella Vander, l’épouse, la muse, l’inspiratrice, Hervé Aknin, tous les deux aux lead vocals, Isabelle Feuillebois, Caroline Indjein, Sylvie Fisichella, Laura Guarrato et Thierry Eliez, qui officie également aux claviers, tous vont interpréter, et de quelle façon les textes un peu étranges de cette langue élaborée naguère.
Une langue faite pour être chantée.

Une magnifique pâte sonore faite de grands clusters d’accords vocaux va monter, telles des volutes poétiques parfois délicates et éthérées, parfois féroces et appuyées, avec toujours une impressionnante précision : les techniques vocales lyriques sont irréprochables et magnifiques.
Impossible de ne pas avoir des frisons dans le dos, en entendant ces polyphonies

Mais les voix peuvent être également traitées à la manière de percussions : des notes courtes, presque des cris, peuvent prendre le relais, martelant une rythmique vocale.

Que ce soit dans ces deux registres, ce qui se passe sur le plateau est toujours passionnant.

(Une nouvelle composition, sonnant presque "brésilien", m'a particulièrement enchanté. On retrouve alors une inspiration très coltranienne. On sait l'admiration qu'a Vander pour Coltrane.)

Thierry Eliez, donc, aux claviers, à jardin, Simon Goubert, au piano Nordlead à cour.
Eux aussi contribuent bien entendu à la dimension onirique de l’entreprise artistique, grâce à des nappes synthétiques, ou des arpèges cristallins.
Eliez a composé l’un des titres qui seront interprétés, un hymne au retour sur scène.


Deux petits nouveaux, Rudy Blas à la guitare et Jimmy Top à la basse. Parfaits tous les deux.
(Les soli communs à la note près entre le guitariste et Stella Vander, sont magnifiques !)
La technique du « petit » Top est elle aussi sidérante !

Et puis le patron.
Un fauve, au regard perçant.

Celui qui est à l’origine de tout, celui qui depuis toutes ces années, est une figure incontournable de la scène jazz-rock.
Vander l’inqualifiable, Vander, celui que l’on ne peut ranger dans aucune catégorie tellement il les transcende, tellement ce qu’il joue est personnel.

Une nouvelle fois, même à 73 ans, ce type va sidérer toute une salle de spectacle.
Ce grand musicien, si sensible sous ses traits bourrus, capable de tant de technique instrumentale, de tant d’onirisme, va une nouvelle fois partager avec son groupe une dimension organique, viscérale.
Magma, ça vous prend aux tripes, ça vous emporte on ne sait trop où, mais ça vous emporte.

Celui qui fut remarqué et marqué par Elvin Jones, est encore et toujours aussi impressionnant.
Ses coups sur les cymbales à la fois portés et retenus, si caractéristiques, sont hallucinants, ses mouvements de bras, ses breaks, ses délicats frisés, roulements, ses descentes de fûts enchantent toute la salle de la Laiterie-Artefact.

Une salle dont il faut bien reconnaître l’assez médiocre qualité acoustique, comme me le confiaient Stella Vander et Francis Linon, l’ingénieur du son FOH, une salle qui ne rend pas assez justice à cette musique si particulière et si envoûtante.

Quoi qu’il en soit, c’est à chaque fois un plaisir rare que de retrouver sur un plateau la furieuse délicatesse, la folie si contrôlée, le maelström si intense et si onirique de ce groupe unique en son genre, qui depuis un demi-siècle enchante tant de fans !

Magma.
Le mythe.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article