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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Le switch

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Je pense donc je switche…

« This is a man’s world », chante James Brown, pendant que les spectateurs finissent de s’installer dans la salle du Théâtre Edgar.

Le monde d’un homme…

Le monde de Philippe.

Un monde somme toute réglé comme du papier à musique, partagé qu’il est depuis six ans entre sa femme et sa maîtresse.
Un monde normal, quoi.
(Non, Isa, pas taper… je retire l’épithète « normal »…)

Marc Fayet, qui reçut voici quelques années le Molière de la meilleure comédie, revisite pour notre plus grand plaisir le thème du triangle amoureux, avec cette comédie très réussie qui va provoquer bien des rires durant cette heure un quart qu’elle dure.

Une comédie qui aurait eu toute légitimité à figurer au programme de la célèbre émission « Au théâtre ce soir », ce qui sous mon traitement de texte est un vrai compliment.

Le trio mari-femme-maîtresse, donc.

 

Classique.
Sauf que le pitch de ce switch (pas facile à dire, essayez donc un peu…) consiste pour les deux jeunes femmes, lassées de cette situation, à vouloir échanger leurs fonctions sentimentales respectives.
L’épouse deviendra maîtresse, et vice-versa.
A partir de là, la vie du Philippe-Philou va virer au cauchemar.

Oui, nous allons beaucoup nous amuser.
Le premier ingrédient de cette machine à rire, c’est bien entendu l’écriture même de Marc Fayet.
Sous-entendus, double-sens, registre équestre pouvant s’appliquer à une certaine autre activité du genre humain, dialogues aux petits oignons, métaphores à la fois marines et océaniques, promotion à outrance de la sardine (Sardina pilchardus), tout est mis en œuvre pour faire fonctionner nos zygomatiques.

Le propos, jamais lourd (le sujet est casse-gueule, vous en conviendrez aisément…), le propos donc est spirituel et mine de rien, aborde le sujet de la bigamie avec plus de fond qu’il n’y paraît au premier abord.

Et puis, bien entendu, deux comédiennes et un comédien vont eux aussi se charger de déclencher les fou-rires.
Mis en scène par le patron des lieux, Luq Hamett, les trois vont s’en donner à cœur joie.

Emmanuelle Boidron est l’épouse de Philippe.
Elle est épatante, notamment en tentant de dégoûter d’elle son mari en plein milieu d’un repas dans un grand restaurant étoilé.
(Oui, oui, l’astucieux décor de Claude Pierson fait que nous nous retrouvons en plein établissement étretatais figurant à coup sûr dans le Michelin. Un grand merci au passage à ceux qui ne sont pas allés vérifier la véracité du gentilé « étretatais ». Votre confiance m’honore.)

Capucine Anav interprète quant à elle la maîtresse du Philou.
Certes, le personnage se dit psychologue, mais la comédienne nous démontre de façon jubilatoire que cette psychologie-là est assez relative. Et c’est un euphémisme...
Ses à-peu-près, ses formules alambiquées sont drôlissimes.

Ce duo féminin fonctionne à la perfection, nous croyons immédiatement à ces deux personnages attachants.

Et puis il y a celui dont je suis un fan absolu.
Alexandre Pesles et ses « Peslismes ».
(Je préfère inventer « Peslismes » à « Peslations », vous savez ce que c’est, on trouve tellement de gens mal intentionnés en cette triste vallée de larmes…)

Alexandre Pesle qui me comblerait d’aise rien qu’en me lisant l’annuaire inversé des entrepreneurs de pompes funèbres de la Meuse…
Les fidèles de ce site le savent : seul en scène ou en compagnie de petits camarades de jeu, ce type me fait rire, et pas qu’un peu.

Ici encore, ce sera un festival.
Ses airs naïfs, (ici, son personnage nous fera approcher tous les registres de la naïveté, qu’elle soit réelle ou fausse…), ses mimiques, ses adresses au public, sa gestuelle dégingandée, sa capacité à nous montrer un type qui a érigé la mauvaise foi en art appliqué, tout ceci est une nouvelle fois véritablement épatant.

Du grand Alexandre. Encore et toujours !

Au final, on passe une très belle soirée, dans le théâtre tout bleu du Boulevard Quinet.
On aurait tort de bouder cette comédie joliment ficelée, qui par ces temps maussades à la triste actualité, fait la promotion non seulement de la sardine (Sardina pilchardus) mais surtout d’un verbe de plus en plus rare et pourtant essentiel. 
Le verbe rire.

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