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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

La priapée des écrevisses

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

« La pompe funèbre »…
Ce surnom évoque-t-il quelque chose, pour vous ?
Non ?
Si je vous parle maintenant de Félix Faure, celui qui « voulut être César et ne fut que Pompée », pour reprendre la formule attribuée à Georges Clémenceau ou au chansonnier Léo Campion, vous y êtes ?

Oui, j’évoque bien Marguerite Steinheil, héroïne de cette pièce de Christian Simon, créée en 2002 à la Pépinière-Opéra.
Une pièce qui vient d’être éditée par la Librairie Théâtrale dans la collection l’Oeil du Prince, à l’occasion d’une reprise dans une création nouvelle au mois de novembre prochain par la compagnie Les enfants terribles.
L’immense Andréa Ferréol interprètera à cette occasion ce rôle étonnant et détonant.

Marguerite Steinheil, donc, la demi-mondaine maîtresse du sixième Président de la IVème République, celle qui est à l’épectase ce que la maison Hennessy est au cognac, eut une vie à la fois bien remplie (honni soit qui mal y pense…) et mouvementée.

Christian Siméon ne s’y est pas trompé, lui qui, à l’invite d’un certain Jean-Michel Ribes, entreprit en 1998 de faire dire à cette femme haute en couleurs et hors du commun Sa vérité.

Car c’est bien de cela dont il s’agit : cette pièce est une tumultueuse rencontre entre un journaliste et Marguerite, qui va entreprendre de nous remémorer à sa sauce (liée au sang, la sauce…), les différentes péripéties qui émaillèrent une vie particulièrement mouvementée.

Mariée à 21 ans à un peintre homosexuel de dix-neuf ans son aîné, maîtresse du Président Faure, donc, hétaïre de haut vol, Mme Steinheil est aussi mise en cause dans l’assassinat de son mari, ce qui lui vaudra de passer onze mois à la prison Saint-Lazare avant d’être innocentée.
Elle se réfugiera en Angleterre où elle épousera un Lord et deviendra Lady Scarlet.

La pièce va se dérouler dans la cuisine de Marguerite.
La dramaturgie sera axée sur la préparation de cette fameuse priapée des écrevisses, recette que seuls des maîtres-queux (ici en l’occurrence, c’est une maîtresse) peuvent réussir.
(Dame ! Châtrer une écrevisse afin de garder les sucs amers dans la préparation n’est pas à la portée de n’importe quel marmiton amateur !...)

L’auteur sait bien que le sexe et l’art culinaire sont intimement liés.
Les registres lexicaux respectifs de ces deux activités humaines comportent bien des analogies.

Ce sera l’un des moteurs littéraires du texte.
Bien des doubles sens savoureux, bien des métaphores et allusions culinaires vont nous faire penser à toute autre chose, et vont provoquer bien des rires.
Un menu « très explicite » ira d’ailleurs tout à fait dans ce sens-là… Je vous laisse évidemment découvrir.

Oui, nous allons bien nous amuser, avec ce texte aux petits oignons.
Vous ne pourrez plus regarder une île flottante ou une meringue sans penser à la façon dont Mme Steinheil s’y prend pour monter des blancs en neige...

Mais ne nous y trompons pas.
Sous couvert de nous montrer une femme « fort en gueule », mal embouchée, parfois revêche, irrésistiblement drôle et provocatrice, Christian Siméon nous décrit en détail une femme très moderne, autonome, qui assume ses choix moraux et humains.
Une femme qui ne s’en laisse pas conter, et à qui il ne faut pas la faire.

Une féministe avant l’heure, en quelque sorte.

Et puis, nous sont rappelées de manière très fine les relations très intimes entre pouvoir, séduction et sexe.
Des relations qui ont perduré bien au-delà de la IVème république…..
Suivez mon regard...

Nul doute que Vincent Messager qui mettra en scène la pièce, et son interprète Melle Ferréol sauront brillamment tirer la substantifique moelle de ce texte passionnant qui nous fait faire la connaissance d’un bien beau personnage.

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