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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Jeremy Pelt - "Griot : this is important !"

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Si tu vas à Griot,
N’oublie pas de monter très haut…

Monter très haut dans les aigus au moyen de ta trompette dorée, tout comme Mister Pelt !

Jeremy Pelt a donc posé ses valises au Duc des Lombards pour deux dates, dans le cadre de sa tournée européenne.

La veille, il était au Ronnie’s Scott à Londres, après de nombreuses dates en Allemagne, en Pologne et en Italie.
Il est venu sur le vieux continent présenter son nouvel album « Griot : this is important ! » .

Le griot.
Le conteur, le diseur, celui qui raconte des histoires aux autres.
Celui qui évoque les racines du continent africain, là d’où tout est parti.
Celui qui va dire les mots précieux.

Jeremy Pelt est un conteur de notes ainsi qu’un musicien des mots.

Le prolifique trompettiste new-yorkais (à 45 ans, il a déjà enregistré sous son nom une vingtaine d’albums, il a joué sur scène avec des grands noms comme Ravi Coltrane, Jimmy Heath, Roy Hargrove, Cassandra Wilson, il était aux côtés d’Al Foster Wayne Shorter ou Baptiste Trotignon sur leurs albums), le très inspiré trompettiste de Harlem est venu nous dire l’importance des mots.

Ces mots dont il aime longuement présenter ses compositions.
Ces mots dont il va se servir vont nous rappeler combien il est heureux de se retrouver sur scène, après « dix-sept mois à jouer dans son salon ».

Ces mots qui vont précéder les notes et les harmonies, dans un jazz endiablé et enfiévré.
Immédiatement, le ton est donné.
Instantanément, nous entrons dans vif du sujet : Jeremy Pelt est décidément l’un des meilleurs solistes de sa génération, faisant partie du gratin new-yorkais.

La puissance !
Un impression de force, d’énergie qui vous saisit, lors notamment de ses nombreux soli, dans lesquels le musicien monte très haut, très très haut, la trompette s’écartant alors du micro pour monter elle aussi vers les cieux.

Une impressionnante vélocité et virtuosité au service du discours musical est alors bien palpable.
On est emporté par les torrents de notes telluriques et incandescentes.
Les différents titres tous pratiquement issus de l’album évoqué ci-dessus relèvent d’une progression harmonique et rythmique savamment orchestrée et qui emmène petit à petit les spectateurs dans des contrées musicales passionnantes.

A ses côtés, quatre autres virtuoses.

Au vibraphone, instrument qui se faisait jusqu'à présent de plus en plus rare sur scène, Jalen Baker, qui va nous faire croire qu’il a beaucoup plus que deux mains, tellement ses mailloches virevoltent sur les lames métalliques de son instrument.
Le jeune musicien (« sixteen years old », plaisantera Mister Pelt pour le présenter), déclenchera de véritables ovations après chacune de ses formidables interventions.

Les deux instrumentistes dialogueront souvent, lors du concert, nous réservant de très beaux moments de grande suavité et de grande sensualité.
Le métal doré de la trompette s’accorde parfaitement et harmonieusement avec celui argenté du vibraphone.
(Jeremy Pelt aime le son clair de cet instrument, jouant souvent accompagné de la percussionniste taïwanaise Chien Chien lu.)

Au piano, Miss ArcoIris Sandoval nous embarque dans ses passionnants périples mélodiques sur ses touches noires et blanches.
Impassible, elle déroule ses interventions avec beaucoup de finesse.
Elle aussi joue vite, mais avec beaucoup de sensibilité et un toucher tout en délicatesse.

La section rythmique n’est pas en reste dans le domaine de la virtuosité.

Deux compères qui posent les bases, sur lesquelles peuvent s’appuyer les trois autres en toute confiance.
A la contrebasse Jonathan Michel, avec notamment un très beau solo sur le haut du manche, dans les graves.
Allan Mednard à la batterie est un véritable métronome, au jeu très précis et très délié.

Les deux musiciens enchantent eux aussi la salle.

Au final, après cette incursion dans le meilleur jazz new-yorkais, le quintet recevra une véritable ovation de la part du public.

Les notes et les mots du Griot Jeremy Pelt auront touché au plus profond d’eux-mêmes les spectateurs qui se disent, c’était mon cas, très chanceux d’avoir assisté à une telle passionnante heure et demi.


Il ne reste que quelques places pour le concert de ce vendredi 8 octobre, au set de 19h30.
Qu'on se le dise !

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