Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Fellini, Roma et moi

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Elle, ce qu’elle voulait, c’est rencontrer Dieu.
Le sien. Son Dieu.
Pas l’autre. Celui-là, elle avait donné…

Non, son Dieu, à la jeune Chantal, c’était un Dieu romain. Pas ceux de la mythologie, non, un Dieu bien vivant.

Et c’est ce qu’elle a fait, l’ado fugueuse de 16 ans.
Direction Rome pour rencontrer Il Maestro Federico.
Frédérique le grand, le seul, l’unique.

Fellini.
Celui qui lui trouvera le surnom dont elle ne se départira plus.

Bunny Godillot nous invite, avec cette rencontre fondamentale, essentielle et initiatique,  à participer à un passionnant voyage humain, à des allers-retours sur une vie et une carrière étonnantes.
Sa vie. Sa carrière.
Avec les moments d’émotion, d’humour ou parfois des mots un peu amers.
Une plongée en elle même à la recherche de Sa vérité.

Vérité ? Vraiment ? Vraie de vraie, cette vérité ?
Où est la part du réel et du fantasme ?
Où se situent le rêve et la réalité ?
Ces deux questions sont-elles vraiment importantes ? Bien sûr que non…
Nous aurons l’ivresse, alors qu’importe le flacon.
Seul celui qui contiendra le parfum de sa maman sera primordial.

L’entrée sur scène de Melle Godillot est fracassante.
Enorme sac en bandoulière, stilettos à fleurs, jupe noire à paillettes, c’est un vrai personnage bien décidé à en découdre qui nous fait face et se plante devant nous.

Comment se raconter ? Comment mettre en scène ce retour sur le passé ?
Le procédé dramaturgique utilisé va fonctionner à merveille : nous nous retrouvons avec l’actrice dans un cabinet d’une psy invisible mais onéreuse.
Devant un miroir imaginaire, le travail introspectif peut commencer.

La demoiselle va vider devant nous son sac. Au propre comme au figuré.

Immédiatement, j’ai été conquis par la qualité littéraire du texte peaufiné par l’auteure-comédienne.
Bunny Godillot s’est écrit un petit bijou, à base de formules tantôt drôles, très drôles, tantôt émouvantes, tantôt nostalgiques, tantôt provocatrices.
Des formules très felliniennes, en somme…

Je défie quiconque de ne pas se laisser envoûter par tout ce qu’elle nous raconte.
Ce début d’analyse à 1500 dollars la séance (quand même…) va se révéler très prenant, très émouvant.


Bien entendu, la rencontre avec le Maître est importante, mais au final, c’est bien la relation originelle avec ses parents en général et la maman en particulier qui est véritablement bouleversante.

La mère.
Celle que même une grande fille appelle à la rescousse, par le biais d’un psy, pour tenter de se connaître ou se reconnaître.
Oui, les passages en question sont fascinants.

Bien entendu, ce texte ne resterait qu’un écrit, s’il n’était pas interprété, et de quelle façon, par celle qui l'a imaginé.

Bunny Godillot, avec une grande élégance, et souvent une vraie grâce, nous le dit, ce récit – presque – autobiographique.
Elle nous embarque avec sa faconde, son humour, sa sensibilité, sa délicatesse aussi, dans les méandres de sa vie.

Nous voici dans Rome, puis dans la boucherie natale. Viennent ensuite un tête à tête jubilatoire avec son jaloux de chéri, puis direction le bureau de son agent pour le moins indélicat, ou encore la maison médicalisée où réside sa maman…

L’actrice (elle y tient) sait nous rendre accros à son récit, à son propos.
Elle est, mais nous le savions déjà, de la trempe des grandes raconteuses, des grandes diseuses de théâtre.

Derrière elle, les images Tony Tisch contribuent à illustrer le propos de l’autrice (elle y tient aussi), avec de jolies ombres chinoises (vive la contrebasse !), ou encore des photos d’archives familiales judicieusement choisies.

Je n’aurai garde d’oublier de mentionner également la belle bande-son de Cyril Rollet de Leiris, qui mêle musique et voix.

Il faut vous dépêcher d’aller applaudir Bunny Godillot, dans ce spectacle très réussi et à nul autre pareil.

Et la gondole vénitienne de remonter le Grand canal, comme une dernière métaphore, avant le noir final.
E la nave va !

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article