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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Croustilleux La Fontaine

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

A moi, contes, deux mots !
Ou quand les bons contes font les très bons amis.

Croustilleux : plaisant, piquant, grivois. « M’envoyer demain dix bonnes chansons à boire ou croustilleuses », écrivait Balzac dans Les illusions perdues….

La Fontaine : celui des fables.
Certes. Mais pas que.

L’écrivain natif de Château-Thierry n’a pas connu la célébrité en commençant la carrière de fabuliste que l’on sait, mettant en scène tout le bestiaire connu de la création.
Bien avant, à partir de 1665, il a commis trois recueils de contes, comment dire… croustilleux.

En clair et sans décodeur, des histoires de c..... !
Des recueils qui vont lui valoir une belle popularité.

En cette fin de règne du Roi Soleil, on assiste au retour d’une certain pudibonderie, pour ne pas écrire le retour d’une pudibonderie certaine.
L’Église se crispe et veille au grain.

Pas question de parler haut et fort de sexe, de libertinage ou de licence...
Pour évoquer ces questions à la fois essentielles et existentielles, il faut passer par la bande.

Jean de La Fontaine va donc compter sur la complicité des lecteurs : ses contes vont donner dans l’implicite, le second degré, les allusions, les circonvolutions linguistiques et le sens figuré.
Tout le monde saura de quoi l’on parle : jeunes filles effarouchées, nonnes pas si innocentes que cela, curés libidineux, cocus en tous genres ou encore héros mythologiques hauts en couleurs et en attributs.

C’est une sélection d’un quinzaine de ces contes licencieux que Jean-François Novelli a choisi d’adapter en chansons, pour notre plus grand plaisir.
Il a demandé à Antoine Sahler de composer des mélodies qui serviront à poser les mots du grand Jean.
Des mélodies qui auront d’ailleurs le grand mérite de rester en mémoire bien après que nous fussions sortis du théâtre des Déchargeurs.

Ces contes vont donc devenir des petits tableaux musicaux et vivants qui vont déclencher bien des fou-rires dans la salle.
Quand l’admirable langue du XVIIème siècle rencontre la jolie musique du XXIème.

M. Novelli pénètre sur le plateau des Déchargeurs (honni soit qui mal y pense...) en costume strict noir, les cheveux coiffés de manière à former deux petites pointes de chaque côté de la tête.
Tout ceci lui donne l’air d’un diablotin sorti de sa boîte, venu nous prêcher la « bonne » mais sulfureuse parole.
L’effet est très réussi. On comprend immédiatement !

Le chanteur, accompagné hier soir par Nicolas Royez va utiliser tout son talent lyrique pour nous faire vivre musicalement tous les personnages qui vont prendre vie sur scène.

Il va nous démontrer qu’il a beaucoup de cordes à son arc, s’intéressant en effet à bien d’autres aspects que le seul chant lyrique.

C’est ce qu’a bien compris Juliette, qui le met en scène en sachant pouvoir compter sur son sens de la comédie.
De grands moments nous attendent.

Jean-François Novelli s’est en effet initié à l’art du clown.
Une réelle vis comica va se dégager de son interprétation de cette galerie de personnages.

Sans jamais se montrer insistant ou lourd, il va placer le curseur à son exacte position : les choses seront dites et chantées avec beaucoup de finesse, de sous-entendus, d’airs et de mimiques faussement outrées, ou encore d’adresses très drôles au public.

Ah ! Cette nonne qui pour conjurer la mort devait connaître le loup. Une religieuse qui reviendra tout au long du spectacle précédée d’une petite mélodie jazzy, et poussant à chaque fois de grands « Ah non alors ! »

Ah ! Cette mère supérieure au regard à la fois inquisiteur et chafouin !

Ah ! Cette recette du pâté d’anguilles ! (très étonnantes, d’ailleurs, ces anguilles parisiennes…)

Nous rions énormément de ses facéties, et notamment lorsqu’il prend une voix et des intonations à la Michel Serrault, entre deux chansons.


Un runing-gag très drôle : lorsque M. de La Fontaine évoque de hardies copulations, Jean-François Novelli se retire de l'autre côté du piano à queue (évidemment...) et entreprend des séries suggestives de va-et-viens en levant la main et fouettant les airs tel un fier cocher. Irrésistible !

Des accessoires que je ne détaillerai évidemment pas viennent illustrer les propos évoqués.
Utilisés très judicieusement, ces artefacts provoquent eux aussi l’hilarité générale.

Nous terminerons d’ailleurs comme une montée au ciel peinte par Nicolas Poussin.

Ce spectacle pétillant, spirituel et intelligent est de ceux qui se dégustent comme la lecture de l’album de la Comtesse, chaque semaine dans le Canard Enchaîné.
Les choses du sexe sont partout, même si elles demeurent plus ou moins dissimulées.

Un grand plaisir un peu coupable mais tellement jouissif se dégage de cette heure et quart à ne pas manquer, et qui passe beaucoup trop vite.

Dites M. Novelli, vous pourrez nous faire un Croustilleux La Fontaine 2, le retour ?

Et n’oublions surtout pas : « Fuck la Faculté ! »

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