Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

[REPRISE] La mouche

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Reprise aux Bouffes du Nord de La mouche, l'adaptation par Christian Hecq et Valérie Lesort de la nouvelle éponyme de George Langelaan dont David Cronenberg tire également un film avec entre autres Jeff Goldblum.
Un brillant spectacle qu'il faut à tout prix aller voir ou revoir.
Voici ce que j'écrivais de janvier 2020.

----------------------------------------------
Brillant !
Décidément, et nous en avons désormais l'habitude, le couple Lesort-Hecq nous propose, avec cette adaptation de la nouvelle éponyme de George Langelaan, un spectacle brillant, hilarant et passionnant !


Un spectacle où, une nouvelle fois, l'inventivité, la créativité, la folie artistique de ces deux-là nous explosent à la figure.


De cette nouvelle de science-fiction publiée en 1962, il reste ici l'idée forte principale : un homme se transforme progressivement en mouche, suite à une expérience de téléportation qui dérape.
On se souvient au passage du film de David Cronenberg, avec l'excellent Jeff Goldblum.


Christian Hecq et Valérie Lesort ont eu la merveilleuse idée de mixer cette idée "transzoomorphique" avec l'un des épisodes de l'émission-culte Strip-Tease « La soucoupe et le perroquet ». 
Nous voici donc sur une espèce de terrain vague, avec à cour une caravane, où habite Odette, la maman de Robert, un vieux garçon, probablement autiste, passionné de téléportation, un peu beaucoup savant-fou. Sa chambre-laboratoire est quant à elle à jardin.


Le quotidien de ces deux-là, deux personnages très hauts, mais alors très hauts en couleur, deux personnages brisés par la vie, va nous être dévoilé.
Nous allons assister à la relation quotidienne mère-fils, étonnante, drôlissime, mais également tendre et finalement émouvante.

 

Nous sommes dans les années 60-70, au début de l'ère informatique.

Devant nous, un décor fait de bric et de broc, avec un laboratoire « scientifique » étonnant, confère à tout ceci un côté poético-dérisoire.

Des scènes absolument jouissives, burlesques, à hurler de rire (ce fut mon cas), vont émailler cette heure et trente minutes, comme par exemple une téléportation canine, des check-lists d'une machine infernale, un repas assez surréaliste, une rencontre culinaire avec un lapin, un interrogatoire de police à l'apéritif à la gentiane, ou encore la rencontre de Robert et de sa copine d'enfance Marie-Pierre.

Les quatre comédiens m'ont complètement ravi et bluffé !

Christian Hecq, sociétaire de la Comédie-Française, est ce Robert-là. A son habitude, sa gestuelle, son immense talent de mime, ses mimiques (ah ! Sa mâchoire pendante et ses coups d'œil en dessous !), sa capacité à nous faire rire sans déployer d'intenses moyens physiques, sa vis comica, tout ceci est à nouveau phénoménal !

La maman, c'est l'ex-sociétaire de la Comédie Française Chrisine Murillo.
Elle aussi est hilarante ! Sa composition force le respect.
Melle Murillo, en Odette à la perruque capricieuse, à la blouse en nylon, est hallucinante de force comique. (Il faut mentionner les costumes "à la Deschiens" très réussis de Moïra Douguet !)

Valérie Lesort est Marie-Pierre. Elle incarne cette fille elle aussi un peu paumée, très naïve (C'est un euphémisme), un peu simplette avec une jubilation évidente.
Un rôle pas si évident que cela. La comédienne est à la fois très drôle et très touchante.

Et puis l'excellent Stephan Wojtowicz est un éblouissant inspecteur de police à l'ancienne, parfois gouailleur, parfois suspicieux, aux répliques souvent très « audiardesques ».

Le quatuor est irréprochable. Les nombreuses scènes de duo, aux dialogues percutants, incisifs sont autant de moments loufoques et parfois surréalistes. (Impossible de ne pas pleurer de rire en écoutant cette histoire d'épouvantail. Et non, je n'en dirai pas plus !)

Côté technique, là aussi, nous retrouvons ce qui fait le charme du travail des Lesort-Hecq.
Melle Lesort, également plasticienne, et sa complice Carole Allemand, ont conçu une nouvelle fois des marionnettes, très subtiles, qui passent parfois pratiquement inaperçues, tellement tout ceci est précis, millimétré.

Et puis, moi ce qui me fascine chez eux, c'est cette capacité à nous faire rire avec trois euros six sous.
Je n'oublierai jamais la scène de la pomme dans Le domino noir, à l'Opéra comique. Ici, c'est un simple ruban tue-mouche qui déclenche l'hilarité générale.
Du grand art !

Il faut noter également la très belle création sonore de Dominique Bataille, avec notamment quantité de vols latéralisés spatialement de diptères.

Alors évidemment, dans le film évoqué ci-dessus, Jeff Goldblum, devenu mouche, parvient à se déplacer sur les murs et au plafond.
Et ici ? Là non plus, je n'irai pas plus loin. Mais vous ne serez pas déçus. Une scène époustouflante, très technique et très physique vous attend !
De nombreux techniciens s'activent en coulisse !

Vous l'aurez compris, il faut absolument assister à cette pièce qui se pose, dès le soir de la première, comme incontournable de ce début d'année 2020.
Ne manquez surtout pas ce spectacle !

Un spectacle qui au passage réhabilite la Suze et les fixe-chaussettes !

Un dernier détail : Charlie, la chienne de la maison, se porte très bien après chaque représentation !

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article