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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Marion, en concert

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

« En fait, vous m’attendiez depuis longtemps ? » demande l’espiègle Marion, après s’être installée derrière son piano numérique.

Oui, nous vous attendions, Mademoiselle Marion !
Nous attendions avec impatience ce rendez-vous avec vos mots et vos notes.
Nous étions bien décidés à nous laisser emporter
par la délicatesse, la grâce, la sensibilité de vos chansons.

La demoiselle va nous charmer. Purement et simplement.
Venue présenter au Maquis de Vareilles son premier album, Marion va nous raconter et interpréter avec beaucoup de talent ces petits instants, ces petits univers poétiques que sont toutes ses chansons aux textes ciselés, spirituels, tout en dentelles.

Durant une heure et demie, Marion va nous inviter dans son monde bien à elle, fait de petites histoires tendres, amusantes, rempli d’instantanés émouvants du quotidien.

Elle va nous faire partager les amours plus ou moins contrariées, les souvenirs d’enfance ainsi que d’intimes émotions.
Elle va nous tendre un miroir de notre quotidien, et nous confronter à notre propre vécu.

Elle va nous dire la Vie.

« C’est quoi ton nom ? » débute le spectacle.
Une belle entrée en matière. De sa voix claire, cristalline, elle nous pose une vraie question, légitime lorsque l’on a choisi un seul prénom pour pseudo de scène...

Ce premier titre lui permet d’introduire tout en finesse « Cinéfille »…
Pas facile de vivre avec une amoureuse de Truffaut, Godard, Rivette ou Resnais…

Ces deux premières chansons nous démontrent à l’évidence le talent d’auteur de Marion.
Une vraie et très forte relation la lie aux mots simples mais tellement évocateurs, ces mots qui en trois minutes posent son monde poétique.

D’autres mots que les siens seront prononcés, reconnaissables entre tous, grâce à des samples qu’elle envoie grâce à son ordinateur posé tout près d’elle.
Je vous laisse découvrir. Pas vrai, Antoine ?

Voici venir une goguette.
Une écolo-parodie très réussie de « Vesoul », du grand Jacques. Une autre façon de démontrer une vraie maîtrise poétique.

Les titres de l’album « Vitamine M » s’enchaînent, avec également des reprises.
Barbara, Agnès Bihl, Chloé Lacan, Anne Sylvestre.

Des chansons de femmes "militantes". On ne choisit pas par hasard ces quatre-là.

Marion ne fait pas qu’interpréter ces chansons-là.
Elle se les approprie, elle les fait siennes, elle les revêt de sa personnalité propre.
Pour les spectateurs en général, et votre serviteur en particulier, c’est une vraie et passionnante re-découverte.

Voici venir l’un de mes titres préférés : « Loin du web »
Une histoire d’addiction qui fait s’éloigner les amants.
Une remarquable et quasi-sociologique analyse d’un phénomène qui caractérise notre contemporanéité.

Pour l’occasion, la demoiselle a réalisé « une petite manip’ », comme elle dit drôlement, à savoir la connexion avec un harmonizer, qui démultiplie sa voix.
L’effet, loin d’être un gadget, donne encore plus de profondeur et d’intensité à l’interprétation.

Elle se servira également de sa machine en tant que looper, pour « Energie ».
Ou comment se forcer à sortir du lit, le matin…
Une histoire universelle, non ?

Marion nous dira des textes, également, sans musique.
Avec notamment un extrait de "L’âge des possibles", le film de Pascal Ferran.
Le cinéma. Encore. Toujours. Sans oublier un éloge de la naïveté.

Dans « Tout va bien se passer », elle charme le public en interprétant durant un autre sample, une sonate de Scarlatti. La technique et la sensibilité pianistiques sont bel et bien là !

Mais il faut songer à se quitter. Déjà… Trop rapidement…
Une dernière chanson, « Ile essentielle », avec une petite boîte à musique à manivelle.
La petite carte perforée défile, inexorablement, image du temps qui passe, image un peu nostalgique.
Image du concert qui se termine.

Les applaudissements nourris, qui se synchronisent en rythme, les « Bravos » qui fusent.
Quoi de plus normal et mérité !

Rappel !

« La faute à Eve », Anne Sylvestre, disais-je.
Nous rions beaucoup.

Et puis un hommage. A un poète récemment disparu.
Julos Beaucarne, vous allez beaucoup nous manquer.

On sort de ce concert avec en tête tout plein d’émotions, d’images, de souvenirs, comme si le miroir qui nous était tendu avec beaucoup de talent et de délicatesse nous avait guéri de la grisaille ambiante.

On sort de la salle en se disant qu’on vient de vivre un moment rare, intense et qui fait beaucoup de bien.

Au fond, et si c’était ça , le bonheur ?

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