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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

La princesse de Clèves

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

1996 – Théâtre de Lorient.
Vingt-cinq ans !

Voici presque un quart de siècle, Marcel Bozonnet créait son adaptation et sa version de ce roman qu’écrivit Madame de la Fayette en 1678.
Un spectacle qu’il n’a jamais cessé depuis de jouer, ici et là…

Une sacrée romance entre un homme, un livre et la scène.

Une belle histoire d’amour entre l’immense comédien que l’on sait et la langue admirable du XVIIème siècle.

Un plateau nu.
Plus nu, ça ferait trop.

Au sol, un revêtement comportant trois zones, de couleur différente. Le belles lumières de Joël Hourbeigt les mettront en valeur en déclinant leur teinte tout au long de cette heure et vingt cinq minutes.

Un costume renaissance.
Chausses, hauts de chausses, pourpoint, petite cape.
« L’uniforme »  de la noblesse à la cour d’Henri II puis de François II, époque à laquelle se déroule le roman.

Une voix. Et quelle voix !
Celle reconnaissable entre toutes du grand Marcel. Cette voix de basse qui peut s’envoler dans les aigus, lorsqu’il le faut.

L’ancien administrateur du Français, de 2001 à 2006, avait donc entrepris de relever ce beau défi : dire, interpréter, incarner seul en scène ce roman, adapté pour l’occasion par Alain Zaepfel.
Passer au gueuloir les mots délicats, précieux de l’auteure.

Oui, une sacrée gageure.
Qui depuis vingt-cinq ans donc, enchante tous ceux qui y ont assisté.

La princesse de Clèves, un roman historique.
Mme de la Fayette nous raconte une époque, nous décrit la cour royale française, les mœurs en vigueur, les us et coutumes de l’époque.

A cet égard, Marcel Bozonnet nous embarque véritablement dans ce XVIème siècle finissant.
Nous voici dans la salle de bal du Louvre, nous assistons à un tournoi, à une partie de jeu de paume, nous galopons avec lui dans la forêt de Coulommiers.
Le costume certes, y est pour quelque chose, mais c’est bien la façon de s’approprier les mots du roman qui fait que nous avons remonté le temps.

La princesse de Clèves, un roman psychologique.
Peut-être même le premier roman psychologique.
Là encore, nous sommes complètement envoûtés à suivre l’évolution des personnages, leurs passions et leurs affres.
Totalement captivant, celui qui se tient devant nous et qui va s’approprier l’entièreté de l’espace scénique pour ce faire, celui-là nous attrape dès les premières secondes pour ne plus nous lâcher.

Ses inflexions, sa palette d’intonation, ses subtiles changements de timbre, tout ceci ravit le public qui savoure le métier et le talent de ce très grand du Théâtre.

La princesse de Clèves, un roman précieux.
Mme de la Fayette est contemporaine de Melle de Scudéry, celle qui marquera l’apogée de ce courant. Elle aussi est donc marquée par ce style littéraire.

Marcel Bozonnet parvient admirablement à traduire cette préciosité par sa gestuelle, sa démarche, par ses poses figées, lorsque qu’il dit son texte.
Bras et index tendus vers le ciel, mains qui se serrent délicatement, 3ème position des pieds, chorégraphies très réussies, tout ceci contribue à illustrer le propos.

Au final, on ne peut qu’admirer une nouvelle fois cet homme de scène, à qui l’on doit tant.
Oui, admirer.

Si vous n’avez pas encore assisté à ce magnifique spectacle où forme et fond sont toujours autant au rendez-vous, ou bien si vous voulez revoir une fois de plus cette adaptation, laissez vos pas vous conduire à la petite salle du théâtre du Soleil.

C’est ce qu’a bien compris le professeur de littérature de ces khâgneux du lycée Paul Valéry qui n’ont vraiment pas boudé leur plaisir devant cette leçon de théâtre !

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