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La ligne rose

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Non mais allô, quoi !

Si l’on n’ignore rien de l’histoire de la ligne bleue des Vosges, en revanche, celle de la ligne rose de Paris est nettement moins connue.

Odile Blanchet, Bérénice Boccara et Sana Puis ont eu une idée épatante : raconter l’origine de la messagerie rose en France.

Dans une comédie loufoque au possible, elles vont nous conter les aventures de trois opératrices téléphoniques, en 1928, trois jeunes femmes différentes les unes des autres, au caractère bien trempé.
Ces trois filles vont être amenées à créer le premier service de conversations coquines par téléphone interposé.

Trois célibataires.
Marthe désespère de rencontrer l’âme sœur, Denise joue les oiseaux de nuit. Jeanne, elle, arrive du Bordelais pour commencer à Paris une nouvelle vie.

Bien entendu, des grains de sable vont gripper la belle mécanique : un malfrat qui va profiter de la petite entreprise, les collègues jalouses et malveillantes, sans oublier bien évidemment la Police des mœurs qui veille à l’ordre moral…

Dans une mise en scène alerte et enlevée, le trio ainsi formé va se révéler détonant !

Immédiatement, ce qui frappe les spectateurs dès que les projecteurs s’allument, c’est la très belle scénographie due à Olivier Prost et Lucas Thébault.
C’est bien simple, on se croirait dans la très réussie série espagnole « Les demoiselles du téléphone » !

On se prend à penser que le standard avec les fiches manuelles de mise en relation fonctionne vraiment, ainsi que les micros individuels en bakélite suspendus au cou de chacune des opératrices.
De la très belle ouvrage !

 

Une fraîcheur certaine émane de ce spectacle. Le sujet est pourtant « casse-gueule » au possible.
Ici, rien de graveleux ni de lourdaud.

Les choses sont dites, certes, mais avec une certaine retenue et une vraie justesse.
Le ton humoristique de l’entreprise permet un recul sur la réalité de ce métier de « communication ».

Les trois comédiennes, survoltées, vont nous démontrer leur vis comica.
Une vraie force comique émane de ces trois-là.
Chacune à sa manière va nous révéler son aptitude à nous faire rire.

Les nombreuses formules à l’emporte-pièce (celle sur le passage de 20 à 30 ans, notamment, ainsi que la description du vison d’Amérique provoquent bien des éclats de rire. Je ne vous détaille pas, bien entendu…)

Les mouvements souvent à la limite de l’exagération, les mimiques tragiques, et outrées, les effets divers et variés, concourent à beaucoup nous amuser.
Les accents allemands et québecois de Melle Blanchet sont épatants.

La mise en scène de Jean-Laurent Silvi est très enlevée, très exigeante envers les trois comédiennes. Entre les noirs plateaux prévus pour les changements de décor et de costumes, elles n’arrêtent pas, ne ménageant pas leur peine ! Quelle énergie !

© Photo Y.P. -

Alors certes, on rit beaucoup, mais sans avoir l’air d’y toucher, cette comédie nous parle également de la place et du pauvre rôle de la femme dans ces années folles.
Les trois camarades de jeu font passer mine de rien un discours de revendication, subtil mais bien réel.

Et puis, il y a autre chose.

La messagerie rose, ce n’était pas que du sexe fantasmé via les lignes téléphoniques.
Ce spectacle rappelle également le fait que beaucoup (majoritairement) d’hommes passaient par ce réseau pour parler, pour échanger, pour se confier, ou pour sortir pendant un moment d’une trop lourde solitude.

Le personnage incarné par Sana Puis évoque d’ailleurs la dimension d’écoute psychologique qu’ont les interlocutrices de ceux qui ont composé le numéro du service rose.

Et puis, je me garderai bien d’oublier de mentionner la jolie chanson interprétée à trois voix au cours du spectacle.

Au final, le public venu se divertir ne boude pas son plaisir, et applaudit chaleureusement les trois demoiselles.

Alors surtout, n’oubliez pas : « Pas d’zig dans l’biz ! »

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