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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Feuilleton Goldoni

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Et 1, et 2, et 3 Carlo !

En matière de trilogie goldonienne, on connaît évidemment tous celle de la Villégiature.
Les aventures de Zelinda et Lindoro sont beaucoup moins jouées. Et c’est bien dommage.

1764.
Carlo Goldoni est à Paris depuis deux années, pour redresser la petite entreprise des Comédiens italiens.
Avec cette nouvelle trilogie, il va leur donner à jouer un texte très construit.
Alors qu’eux ne veulent entendre parler que d’un canevas sur lequel il pourront broder. Il doit s’exécuter...
Les trois pièces auront un très grand succès dans la capitale. A Venise, quelque temps après, ce sera un bide retentissant.

L’éloge de la langue française contenue dans l’un des trois opus ? Allez donc savoir...

En montant et en adaptant ces trois pièces, Muriel Mayette-Holtz va nous démontrer avec beaucoup d’intelligence et de subtilité sa très grande connaissance de l’œuvre.
Pour dépoter, ça va dépoter !

Ah ! L’amour !
Goldoni nous embarque dans sa vision, sa dissection psychologique et quasi-sociologique de cette passion humaine.
Ou quand une passion très légitime devient pathologique.
Ah ! La jalousie  qui fait que cet amour cède la place à la paranoïa !

Un couple de serviteurs dans une famille bourgeoise vénitienne.
Nous allons suivre pour notre plus grand plaisir les amours compliquées de Zelinda et Lindoro. (C’est un euphémisme...)

Ces deux-là vont se créer bien des tourments.

 

Quand le comique se dispute au pathétique (au sens premier du terme...)

La patronne du Théâtre National de Nice a donc adapté cette œuvre.

Assurément pour rester dans « l’esprit canevas » évoqué un peu plus haut.
Avec un texte aux petits oignons, modernisé, sur lequel les comédiens peuvent broder tout en se l’appropriant.

Nous sommes sur la corde raide de la Comédia dell’arte.
Goldoni veut et réussit à passer à autre chose que cette discipline italienne, mais ses comédiens ne l’entendent pas de cette oreille.
D’où cette mise en scène survitaminée, qui va nous emporter dans un maelström délicieux et hilarant.


Au fond, Lindoro, ce serait un Arlequin en pleine mutation.

Durant ces cinq heures qui passent beaucoup trop vite, j’ai retrouvé quant à moi l’esprit cartoonesque de Tex Avery et Chuck Jones.

Ici, la passion va passer avant tout par les corps.
Melle Mayette-Holtz va les faire vibrer, exulter, ces corps !

Ici, les comédiens vont courir, vont crier, vont s’attraper, se frapper, s’étreindre, vont s’attirer, se repousser, vont tomber, se relever, vont trépigner.
Le corps, dans tout ce qu’il a d’organique et de viscéral. 
Le corps passionnel.
Le corps qui en dit long sur l’âme humaine.

L’ex-patronne du Français a réuni une troupe épatante de comédiens plus engagés les uns que les autres.

Emmenés par les irrésistibles Félicien Juttner et Joséphine de Meaux dans les rôles principaux, tous vont nous faire énormément rire.
Rire aux éclats, même, et souvent.

De nombreux moments déclenchent l’hilarité générale, comme par exemple cette scène de rasage ou cette autre scène de ménage quasi-surréaliste.

Mais ce rire-là n’est pas gratuit.
Dans cette écriture du dépassement (des valets essayent de s’émanciper de leur condition) et du déclassement (impossible de passer outre les barrières sociales) il s’agit pour nous de partager l’analyse au microscope de la société dans laquelle vit l’auteur.
En cela, ce spectacle en trois parties est également passionnant.

Néanmoins et parfois, le rire cède le pas à une réelle émotion.

Nous aussi sommes sur la corde raide : Zelinda-Joséphine et Lindoro-Félicien nous renvoient à nos propres expériences. On ne peut par moment qu’éprouver une forme de compassion envers eux.

Je n’aurai garde d’oublier de mentionner le beau parti-pris en matière de costumes, des costumes que l’on doit à Rudy Sabounghi : plus on avance dans la trilogie, et plus les costumes deviennent contemporains.
Le discours de Goldoni est d’une telle modernité !

Ovation finale, lors du dernier salut. Comme c’est mérité !


Ce spectacle est de ceux dont on parlera encore dans beaucoup d’années.
Un spectacle dont je pourrai dire « J’y étais ! »

Vous savez ce qu’il vous reste à faire !

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