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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Attention Desproges !

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Oui ! Définitivement oui !
C’est ma réponse à la question : « Desproges pourrait-il dire de nos jours ce qu’il disait à l’époque ? »
Oui, Je lui fais confiance, il se débrouillerait pour se faire entendre !

Patrice Carmouze a écrit un réjouissant et très intelligent spectacle non pas tant pour rendre hommage à Desproges, mais assurément pour que nous nous rendions compte à quel point ce dernier nous manque et combien il a marqué les esprits français.

Alors je vous entends d’ici : « Pas difficile, il suffit de dire les textes qui se suffisent à eux-mêmes. »

Oui, mais non…
Ici, pas de récital de sketches ou de formules lapidaires plus ou moins connues.
L’entreprise est beaucoup plus ambitieuse.

M. Carmouze et ses deux camarades de jeu Pierre Val et Sylvain Katan ont certes choisi des textes, ultra-célèbres ou moins connus, mais surtout ils vont les interpréter, les jouer, les mettre en images et en mouvement.
Ils vont se les approprier de la plus belle manière qui soit.

Et puis surtout, celui qui monte sur la scène pour la première fois de sa vie, a réussi très subtilement à lier la sauce.
Tour à tour comédien (et oui, pour une première en tant que comédien, c’est une vraie réussite), pédagogue, journaliste, pianiste, chanteur, il réussit à faire en sorte d’assurer une belle continuité en tant que « maître de cérémonie » de la soirée.

Pierre Val met en scène quant à lui le spectacle. Une mise en scène musclée, très enlevée. Pas un seul temps mort. Ca roule, ça coule, tout ceci est parfaitement huilé.

Nous allons beaucoup rire.
Les textes choisis seront en effet interprétés de façon hilarante.
Ca commence fort. Les juifs, les coiffeurs…
Tous dans la salle connaissons parfois par cœur ces morceaux d’anthologie desprogienne.

Ce serait une évidence que d’écrire que les citations choisies n’ont pas pris une ride.
Pierre Desproges fait décidément partie de notre patrimoine culturel commun. (Je ne suis pas certain qu’il ait goûté cette phrase, mais bon…)

De grands moments nous attendent !

Les trois compères, habillés à l’identique à part leur nœud papillon, ne ménagent pas leur peine.

Sylvain Katan, formé notamment à l’école du cirque Annie Fratellini, s’en donne à cœur joie, pour notre plus grand bonheur.
Ses grimaces, ses yeux qui louchent, sa lèvre qui se lève bizarrement à un moment, ses facéties, ses pitreries, osons le mot, tout ceci déclenche nombre de fou-rires dans le public.
Son personnage de la Mort-prostituée est épatant et finalement très émouvant.
Ses adresses à certains spectateurs sont jubilatoires. (J’en sais quelque chose…)


Pierre Val lui aussi est drôlissime.
Le rappel et l’interprétation de l’ITW d’une certaine écrivaine force le respect.

D’habiles parti-pris et trouvailles dramaturgiques nourrissent en permanence le spectacle, notamment durant les séquences où est évoqué le fameux M. Cyclopède.

Patrice Carmouze ne pouvait manquer de revenir sur le célèbre aphorisme : « On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui. »
Le propos devient alors un peu plus sérieux. L’homme de télé-écrivain, de façon très fine, nous fait réfléchir. Bien entendu, tous ceux qui sont dans la salle, ont leur idée bien arrêtée sur la question.
On n’assiste pas à un spectacle consacré à Pierre Desproges sans avoir une réponse évidente à cette question.

La fin du spectacle arrive, bien trop tôt.
La mort, le crabe sont bien entendu évoqués, mais c’est une séquence hilarante et ahurissante qui va clôturer cette heure un quart. Les amateurs d’aubergines farcies se régalent !

Ce spectacle est on ne peut plus indispensable en ces temps de pensée unique et d’auto-censure permanentes et en cette époque de glorification du politiquement correct…

C’est un spectacle nécessaire, et qui fait du bien !
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Ah ! J’allais oublier…
Non, Monsieur Katan, je n’ai jamais assisté à un concert de Tino Rossi ou de Maurice Chevalier.
Etonnant, non ?

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