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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Quand je serai grande... Tu seras une femme

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Et de deux !
Au tour des femmes !

Voici donc le premier volet (par ordre chronologique d’écriture) de ce diptyque, dont je vous avais narré le second épisode, consacré à la masculinité.
C’était ici.

Tout est parti pour Catherine Hauseux d’une interrogation concernant l’éducation qu’elle pouvait donner à ses enfants : « Comment se fait-il que […] je cherche inconsciemment à « armer » davantage ma fille que mon fils ? »

 

Elle a donc choisi de travailler sur ce thème qu’est ce questionnement sur la vie des femmes, en 2021, sur la condition féminine contemporaine, qui ne peut se comprendre que si l’on se souvient et l’on analyse le passé.

Le corollaire de ce thème, c’est évidemment le futur : la transmission.
Que veulent transmettre les femmes à leurs filles ?
Le titre du spectacle, à cet égard, ne laisse planer aucun doute : les deux pronoms personnels, le « je » et le « tu » annoncent d’emblée la couleur.

C’est bien simple, ce que va nous dire et nous jouer Melle Hauseux est à la fois remarquable et passionnant. Encore et toujours.

Deux grandes parties composent ce spectacle.

Dans la première, la comédienne parle d’elle.
Dans un texte d’une très grande qualité, elle nous parle de cette condition féminine, avec les valeurs reçues, les modèles rencontrés, les rapports entretenus avec les parents, la famille, le conjoint, sans oublier la façon de se situer par rapport aux codes attendus par la société actuelle envers les femmes.

Ce texte, non seulement il faut le dire, mais il faut le jouer. Nous sommes au théâtre.
Stéphane Daurat a mis en scène la comédienne de façon très judicieuse. Il y aura le fond, mais également la forme.


Dans une dramaturgie et une scénographie où le linge blanc (le symbole évident des tâches ménagères) est omniprésent, pouvant même servir d’écran pour les subtiles projections vidéo, la comédienne va évoluer avec les mêmes codes-couleur : le noir et le rouge. Tous ses différents costumes seront ainsi déclinés.

Les changements d’identités, de costumes seront réalisés avec beaucoup de précision et de subtilité.

Car nous allons retrouver dans une deuxième partie, après quelques mesures de « Piensa en mi » de Luz Casal, le principe des témoignages recueillis auprès de femmes lors d’une résidence artistique à Villeneuve-saint-Georges.

Catherine Hauseux va incarner trois portraits générationnels, trois femmes différentes, trois destins, trois concentrés de vie.

Une jeune retraitée, une adulescente issue des quartiers, et une infirmière désormais arrière-grand-mère.

Ce qu’elle va nous montrer est époustouflant !
Son interprétation de ces trois femmes est d’un réalisme saisissant. Nous oublions la comédienne pour ne plus voir devant nous que ces personnages tour à tour touchants, drôles ou bouleversants.
Les transformations physiques sont saisissantes, avec une formidable et sidérante scène de vieillissement. (Et non, je n’en dis pas plus...)

 

Une nouvelle fois, ce spectacle n’apporte pas de réponse toute faite.

La comédienne ne juge pas.
Elle propose à notre réflexion ces témoignages, avec un questionnement philosophique concernant le fait de pouvoir évoluer, de grandir à tout âge.


Et puis bien entendu, c’est à nous de faire le job : nous autres spectateurs sommes forcément invités à nous situer par rapport à ce qui est dit et montré.

A nouveau, ce qui se joue devant nous grâce à Catherine Hauseux et Stéphane Daurat, c’est la Vie dans sa plus grande vérité.
Une histoire d’Humanité.
Ces deux-là, par le biais de cet art étrange et merveilleux qu’est le théâtre, nous interrogent de façon magnifique sur notre condition humaine.

 

A mes côtés, deux jeunes filles pré-ados emmenées à l’Essaion par leurs parents, étaient bouche bée durant ces soixante-quinze minutes.

Oui, ce diptyque devrait bien être subventionné par l’Education Nationale, et montré à tous les collégiens.

Ne passez surtout pas à côté de ces deux spectacles !
Vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas...

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