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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Kyle Eastwood, au festival Django-Reinhardt

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Sur les écrans colorés de ses nuits festivalières, il se fait son cinéma.


CINEMATIC.
C’est le titre de son dernier album en date, dans lequel Kyle Eastwood rend hommage au 7ème art en nous proposant ses versions de bandes originales.


Des B.O.F. composées notamment par papa Clint, fiston Kyle ou encore d’éminents maîtres incontestés du genre.
D’ailleurs, sur la scène, personne ne s’y trompe : les gros projecteurs sur pied, avec leur lentille de Fresnel sont là pour ceux qui n’auraient pas encore compris.

Après avoir installé lui même ses instruments, ses pédales d’effet, après avoir réglé sans l'aide de roadies pré-ampli et ampli, Mister Eastwood et ses quatre compères entrent dans le vif du sujet.

Un premier accord mineur 7+.
Voici la version kylesque de "Skyfall", la bof éponyme du film bondien, que chantait naguère Adèle.
Une version survitaminée, quasi hard-bop.
La couleur est annoncée.

 

Une walking-bass implacable, par moment très lyrique, confère à ce premier morceau une pulsation, un rythme, un groove infernaux. Les double-croches s’envolent dans le ciel bellifontain, Implacablement mais très subtilement.

Rapidement, tous les spectateurs constatent que la formidable et impressionnante technique de Kyle Eastwood est au service du quintet.
Tout au long du set, jamais il ne cherchera à tirer la couverture à lui.
En son façade, la contrebasse ne sera mise en avant que pendant les solos, jamais lorsque tous jouent ensemble.

Une réelle humilité se dégage de ce grand contrebassiste. Une vraie place est laissée à ses musiciens.


Oui, le patron s’est entouré d’un sacré carré d’as !
Sur ce premier titre, Quentin Collins, à la trompette et au bugle, Brandon Allen au saxophone, assurent eux aussi, que ce soit ensemble pour le thème très connu, ou individuellement lors de leur premier solo respectif.
Quelle cohérence, quelle pâte sonore, à eux deux !

 

Au piano, Andrew McCormack se charge, et de quelle façon, de la partie harmonique.

Le tempo d’enfer métronomique est assuré par la batteur Cris Higginbottom. On sent là aussi immédiatement une grande complicité avec le boss pour le groove basse-batterie. Là encore, le duo dégage beaucoup de cohérence.

Deux autres BOF suivent, « The Eiger sanction » (composée en 1975 par un certain John Williams), et « Taxi driver ».
Le public est aux anges !

Et puis voici un moment très attendu.

La chanteuse Camille Bertault rejoint le quintet. Elle est déjà présente sur l’album évoqué plus haut.

Version bossa nova très réussie, voici « Les moulins de mon cœur », de Michel Legrand.
Comme sur le disque.
Melle Bertault insuffle beaucoup de grâce au concert.
De sa voix claire de mezzo, elle nous chante avec beaucoup de délicatesse les célèbres paroles.

Et puis à son tour, elle prend un solo, dans un chase halluciné avec Mister Collins.
Ses vocalises cristallines, aériennes, éthérées ravissent non seulement le public mais également les musiciens qui apprécient en connaisseurs.
C’est beau, c’est intense, ce sera l’un des moments les plus forts de toute la soirée.

Le désormais sextet poursuit avec « Charade », composé par le grand Henry Mancini.
C’est l’occasion pour Kyle Eastwood de troquer sa contrebasse pour une basse noire Gibson 5 cordes.

Là encore, une technique phénoménale !
La main gauche court sur le manche, pour des lignes mélodiques sophistiquées. Un savant dosage entre la base rythmique à assurer et des contrepoints jazzistiques savamment construits.
Pas de slap (on n’est pas chez Marcus Miller), mais l’index et le majeur droits estwoodiens s’activent férocement sur les cinq cordes.

Kyle et Camille seront tous deux chaleureusement applaudis.


Retour à la contrebasse pour un « Bullit » endiablé et lui aussi « en-bopé ».

Le quintet terminera le set par un septième et dernier titre, universellement connu : « Pink Panther », la panthère rose, encore et toujours évidemment composé par Henry Mancini.

Le thème ultra-connu s’élève du saxo ténor, repris en chœur par bien des spectateurs. Brandon Allen s’en donne à cœur joie !

Une ovation finale, sous la pluie, s’élèvera pour saluer et remercier ces cinq enthousiasmants musiciens.

Toujours avec humilité, Kyle Eastwood remercie chaleureusement quant à lui le public, après avoir rappelé le nom de ses compères-complices.

Cette heure et demie, premier temps fort du festival Django-Reinhardt cuvée 2021 restera dans les esprits et dans les cœurs.
Nous avons assisté à un formidable moment musical, comme sait en procurer le jazz, quand il est joué avec talent, conviction et sincérité.

 

 

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