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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Espèces menacées

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Enfin une pièce qui mélange les serviettes et les… soviets !

Ray Cooney a écrit cette pièce en 1994, sous le titre original « Funny money » !
L’argent drôle.

Et pour être drôle, cette pièce du dramaturge britannique l’est !
D’autant que son adaptation signée par les ci-devant Michel Blanc et Gérard Jugnot est aux petits oignons.

Il est des anniversaires dont on se souvient longtemps.
Le personnage principal du spectacle,Yvon, pourra en témoigner, lui qui, par un concours de circonstances, a vu sa serviette de bureau échangée dans le RER contre le même modèle rempli de billets, et ce pour un montant dépassant les sept millions d’euros.

A partir de cette situation de départ (sa narration très percutante est très réussie, prenant à peine les trois premières minutes de cette heure et demie), Cooney a construit une véritable cascades de péripéties burlesques, de rebondissements en tous genres et de quiproquos jubilatoires.

Nous allons faire la connaissance de personnages très hauts en couleurs : Yvon, ce comptable veule et très imaginatif, sa femme qui découvre les propriétés du whisky et de la vodka, un chauffeur de taxi au prénom quasi prédestiné (je n’en dis pas plus…), un inspecteur ripoux, un autre bien flegmatique, un mafieux russe, sans oublier un couple d’amis conviés à fêter l’anniversaire du maître de maison.

Comme bien des pièces de ray Cooney, ce qui va compter ici, c’est le tourbillon de situations loufoques et burlesques.
L’important, c’est de permettre au public de se distraire et de rire.
Et pour rire, nous rions énormément !

L’adaptation est donc très réussie. Blanc et Jugnot ont concocté un texte percutant, avec des dialogues et des répliques qui font mouche.
J’en veux pour preuve la réponse à « Vous êtes Mme Lemoual » , qui plonge la salle dans un grand fou-rire, (vous n'en saurez pas plus...) ou encore un « Faites-vous plaisir ! » épatant.

Les deux ex-membres de la troupe du Splendid ont su mettre au goût du jour ce texte, et lui conférer par moments un petit air de Feydeau contemporain, notamment dans l’exposition des relations entre Yvon et sa femme.

Arthur Jugnot a su quant à lui, insuffler dans la mise en scène dans cette pochade une folie maîtrisée, un côté burlesque.

Ici, ce qui est important, c’est le rythme, la fluidité sans qui tout tomberait à plat, comme un soufflé mal cuit.

Jugnot fils a réussi à créer un vrai maelström ininterrompu de situations hilarantes, de gags textuels ou visuels.
Impossible de s’ennuyer, ou de se détourner de ce qui se passe sur le plateau.

 

Les portes claquent, les corps bougent, trépignent, tombent, s’attirent, se repoussent, le tout pour servir le texte.
Ici, le curseur est toujours à la bonne position.

Huit comédiens à la vis comica évidente se dépensent sans compter.
Oui, ces huit-là font fonctionner nos zygomatiques à plein régime.

Ruptures, double-takes, doubles-sens des mots, regards ahuris (Laurent Ournac et Arnaud Gidoin sont magnifiques), les moyens dramaturgiques utilisés mettent dans le mille à chaque fois.

Le flegme et le laconisme de Thierry Heckendorn, l’engagement et la drôlerie des filles, Melles Gaëlle Gauthier et Zoé Bruneau, la petite voix haut perchée des répliques de Sébastien Pierre, le jeu de Yannik Mazzilli, tout ceci concourt à la réussite de l’entreprise.

Faire rire un public est une tâche bien difficile à réaliser.
Il ne faut ni mépriser, ni tomber à bras raccourcis sur le théâtre de Ray Cooney, qui a l’immense mérite de divertir, de faire oublier au public ses soucis, et de procurer une heure et demie de bon temps.

Il n’y a pas de petit ou grand théâtre.
Il y des pièces qui fonctionnent ou pas.

Ici, pour fonctionner, ça fonctionne !

J’ai passé un très bon moment à suivre les folles aventures de ces personnages, j’ai beaucoup ri.
Je suis sorti du théâtre de la Renaissance en me remémorant certaines répliques hilarantes, le sourire aux lèvres, au grand étonnement de mes voisins de métro.

De plus, si vous assistez à la pièce, la corrida martiniquaise n’aura plus aucun secret pour vous !

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