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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Eric Légnini, en concert au festival Django-Reinhardt

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Et s’il y avait plusieurs Eric Légnini ?
Et si ce très talentueux pianiste désormais incontournable de la scène jazz était doué d’une sorte d’ubiquité artistique ?
Légnini, celui qui arrive là où on ne l’attend pas forcément.

Lors de cette troisième journée du festival Django-Reinhardt, c’est en trio qu’il va venir nous interpréter une petite dizaine de titres issus majoritairement de son dernier album en date Six strings under.

Celui qui fut naguère le complice de Joe Lovano, Claude Nougaro, Stefano Di Battista, Aka Moon, des frères Belmondo ou encore d’Ibrahim Maalouf, celui qui fut lauréat de la Victoire du Jazz 2011 du meilleur album de l’année, celui qui décante comme personne un grand cru millésimé, celui-là a délaissé ses instruments électriques de sa trilogie The vox , Sing Twice et Waxx Up, pour revenir derrière son Steinway & Sons.

Un album et un concert pianistiques pour célébrer… la guitare !
Comme une déclaration d’amour en trio aux six-cordes.

Le trio. Pour Légnini, le trio est synonyme d’espace.
Piano – Contrebasse – Guitare.
Sans batterie, qui « prend souvent la main dans le groupe », aime-t-il préciser.

A ses côtés, donc, deux artistes eux-aussi incontournables dans leur domaine respectif.
Deux side-men les plus recherchés du moment.

A la contrebasse, Thomas Bramerie. Les deux se connaissent et jouent ensemble depuis un peu plus de vingt ans.
A la guitare, le virtuose Rocky Gresset, qui joue tout d’oreille.

Les trois compères débutent le concert ensemble, donnant immédiatement le ton : ici, trois musiciens à parts égales, et non pas un pianiste et ses deux accompagnateurs.

De l’espace, il va y en avoir.

Si Légnini est certes un « technicien » hors-pair du clavier, la formation classique est bien palpable, son talent mélodique est toujours manifeste.
L’articulation de ces deux aspects est évidente, dès le premier titre interprété, « Doo we doo ».

Cette « petite » valse, cet ostinato de quatre accords, pour se mettre en jambes, démontre immédiatement cette technique au service de la ligne mélodique.

Et puis les deux complices prennent le relais.
L’habitué du lieu, Rocky Gresset, à la sidérante virtuosité, fascine immédiatement le public.
Cri d’amour à la guitare ? Nous comprenons tout de suite !

Thomas Bramerie.
L’élégance de la contrebasse personnifiée.
Un pilier rythmique.

Imperturbable, immuable, jouant souvent les yeux fermés, sur lequel s’appuient en toutes confiance et sérénité les deux autres.
Bramerie et son toucher si délicat, Bramerie aux lignes de basse empreintes de la plus grande musicalité, à la walkin-bass sidérante, aux solos construits avec une précision d’orfèvre.

« Breakfeast at down », comme une belle ballade matutinale, et « The jive », au swing endiablé se succèdent.
Les compositions d’Eric Légnini explorent bien des horizons culturels.

Son titre très brésilien « La manguiera » (c’est le nom d’une prestigieuse école de samba), hommage à son amie et chanteuse Marcia Maria, disparue en 2018, nous plonge dans une ambiance digne d’Antonio Carlos Jobim.
Dans cette belle bossa-nova, le lyrisme harmonique du pianiste belge ravit alors les nombreux aficionados.
Ce lyrisme, qui permettra au pianiste fera chanter le thème au public.

Et puis, un autre hommage. Comme une évidence en ces lieux.
Rocky Gresset entame « Nuages ». Ovation dans le public !
Le trio rend cette version de ce chef d’œuvre passionnante. Un très grand moment du concert.

Il y aura ensuite le titre phare de l’album, « Boda boda », avec le petit leit-motiv de fin de grille harmonique.
Un ritournelle, d’apparence toute simple elle aussi, savamment et finement déclinée, qui fait peut-être la synthèse du style et des inspirations d’Eric Légnini : le jazz « classique » et celui plus moderne, mélange des formes contemporaines que sont le trip-hop, ou encore l’acid-jazz.
Les trois complices s’amusent énormément, c’est évident.

Le rappel !
Ce sera un enfiévré « Stompin’ at the Savoy », composé en 1934 par Edgar Sampson.

To stomp : trépigner, bouger...
To stomp off : battre du pied en mesure...
Je peux vous garantir que sur cette pelouse de l’avenue des Cascades, c’est exactement ce que tout le monde a fait, durant cette trop courte heure !

Nous retrouverons dans la soirée Eric Légnini, Thomas Bramerie et Rocky Gresset aux côtés de Thomas Dutronc.
Mais ceci est une autre (très belle) histoire !

Merci beaucoup, Messieurs !

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