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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Chirac

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

« On est nostalgiques d’un temps que l’on n’a pas connu ! ».
Voici ce que me confiaient deux très jeunes spectatrices dans la file d’attente du théâtre de la Contrescarpe, impatientes qu’elles étaient de découvrir cette pièce.
Chirac.

Comme pour illustrer la fascination au sens premier du terme qu’exerce encore et toujours l’ex-président de la République.
Comme pour dire leur besoin de retrouver l’homme, public et privé, l’animal politique.

Pendant une heure et quart d’un remarquable spectacle, étonnant et passionnant, nous allons le voir, Jacques Chirac.
En chair et en os, serais-je tenté d’écrire.

 

Nous voici dans le jardin du Luxembourg.
Sur une chaise métallique estampillée Sénat, une jeune femme lit les mémoires chiraquiens.
Je vous aurais bien révélé son prénom, mais celui-ci est prétexte à une formidable séquence que je me garderai bien de déflorer.

Elle s’endort. La rencontre peut avoir lieu.

A cour, dans la pénombre, le voici qui paraît en contrejour sur la scène.
Tout d’abord une silhouette familière.
Un grand gaillard en costume, avec les lunettes si célèbres (La maison Bonnet est remerciée sur le dossier de presse, ce sont bien les mêmes…), avec la coupe de cheveux gominés bien connue…

Impossible de s’y tromper. C’est bien lui. Le voici qui entame la conversation.

Durant ces soixante-quinze minutes, le dialogue entre les deux personnages va littéralement passionner les spectateurs.

La pièce de Dominique Gosset et Géraud Bénech va nous faire revivre les heurs, bonheurs et malheurs de ce président « pas comme les autres ».
Ni hagiographie, ni dossier à charge. Le curseur est à sa bonne place.

Dans un réalisme saisissant, grâce à une écriture ciselée reprenant des éléments journalistiques et biographiques, aux formules percutantes souvent très drôles, parfois bien émouvantes, nous allons assister à une joute oratoire, souvent à fleurets mouchetés, entre les deux personnages.


Vont se dérouler devant nous un retour sur la vie privée, un bilan de l’action politique, (avec les réussites incontestables et incontestées mais aussi les casseroles), un retour sur les conceptions de l’État, de la place des femmes, de l’écologie, ou encore une évocation des paradoxes et des contradictions de cet homme.

Le duo de comédiens fonctionne à la perfection.

Elle, c’est Fabienne Galloux.
Elle est parfaite, tour à tour candide posant des questions, espiègle titillant l’ancien chef de l’Etat ou provocatrice rappelant les « dossiers » chiraquiens.

Et puis, il y a Marc Chouppart, qui livre une véritable performance.

L’ex-pensionnaire de la Comédie-française est purement et simplement Jacques Chirac.
C’est même par moments très troublant. Une véritable performance.

Nous l’avons vraiment devant nous.

Tout y est.
La silhouette, donc, mais également la gestuelle, (je vous conseille des bien observer ses mains…), les mimiques, sans oublier l’incroyable ressemblance du visage.

Et puis la voix. La célèbre voix.

Jacques Chirac a beaucoup été imité. Dans des sketchs n’excédant bien souvent pas plus de dix minutes.
Marc Chouppart, lui, tient son personnage durant une heure et quart.

Tout y est : les intonations, le timbre si particulier, les consonnes finales prononcées, les variations subites de volume...
Impressionnant et troublant, vous dis-je.

Il est très drôle, à nous rappeler les célèbres expressions attendues par tout le monde, (vous savez, le « ça m’en touche une, etc, etc »…), à envoyer des piques à ses «petits » camarades de droite, ou encor à tenter de séduire son interlocutrice.
Il est également bouleversant lorsque sont évoqués les souvenirs douloureux de cet homme.

Le comédien excelle vraiment dans les habits de ce personnage hors du commun. Il nous ravit et nous sidère.

Je n’aurai garde d’oublier de mentionner le magnifique travail du créateur-lumières.
De subtiles éclairages mettent parfaitement en valeur ce qui se joue devant nos yeux.
Un travail rendu d’autant plus difficile en raison de la présence de projections video au lointain, et de multiples pans réfléchissants. De la très belle ouvrage.

Courez donc toutes affaires cessantes au 5 rue de Blainville retrouver celui qui présida à la destinée de la France pendant onze ans, onze mois et vingt-neuf jours.

 

What do you want ? Me to go back to the Contrescarpe Theater ?

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