Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

[Reprise] D'elle à lui

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Emeline Bayart et son fidèle acolyte pianistique Manuel Peskine reviennent au café-théâtre le Kibélé, pour une nouvelle série de récitals, les 28 et 29 juin prochains.
Ne manquez pas ce spectacle ! Vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas.

Voici ce que j'écrivais en février 2020.

---------------------------------------------------------------------------------

Un récital d'Emeline Bayart n'est pas un récital comme les autres !

Melle Bayart est une authentique chanteuse lyrique (dame, elle se produit également à l'Opéra-comique, s'il vous plaît !). Une chanteuse lyrique, donc, qui a décidé de faire beaucoup, mais alors beaucoup faire rire en nous replongeant dans l'univers si particulier du Caf' Conc' et des années folles. (Des chansons un peu moins anciennes sont également au programme.)

Certes, Melle Bayart est une chanteuse lyrique. C'est également et peut-être surtout une formidable et épatante comédienne.

Ceux qui comme moi ont récemment adoré la mise en scène par Jean-Louis Benoît de deux pièces courtes « L'ours » et « La demande en mariage » de Tchekhov au Poche-Montparnasse, ceux-là seront évidemment d'accord avec moi.

Alors bien entendu, armée de ces deux vrais talents, elle va nous faire revivre de manière souvent hilarante ces chansons à la fois étonnantes et détonantes, illustrant le si difficile chemin « d'elle à lui », des portraits souvent au vitriol d'hommes et de femmes, qui se cherchent, s'attirent, se repoussent, se quittent, se font souffrir, se trompent, se cocufient, j'en passe et des pires.

C'est ainsi que nous allons retrouver des titres créés ou repris par Christine Sèvres (Oscar et Irma), Mireille (Et hop, nous vl'à repartis !), Patachou (Le bricoleur), Suzy Solidor (Ernest, éloignez-vous), Félix Mayol (Elle vendait des p'tits gâteaux), Fragson (Les amis d'Monsieur), Marie Dubas (Le tango stupéfiant), Marcel Amont (Julie), sans bien entendu oublier Yvette Guilbert et sa célèbre Mme Arthur, celle-là même qui fit tellement, tellement, tellement, tellement parler d'elle...

La technique vocale d'Emeline Bayart est irréprochable. Quelle tessiture, quel timbre, quelles nuances ! Ses pianissimi et ses fortissimi sont remarquables.

Parfois, elle va jusqu'à caricaturer à l'extrême certaines de ces techniques (des effets de vibrato forcés, des excès de voix de tête, des descentes dans l'extrême grave...) aboutissant à des portraits décalés de Castafiores drôlissimes.
Faut-il avoir du talent en la matière pour arriver à détourner de cette façon, une fois appropriés, les codes de l'art lyrique.

Au cours de ce récital nous allons énormément rire !
Visualisez-vous le concept de « énormément rire » ? C'est encore au delà !
Mais quelle vis comica, quelle force comique émanent d'Emeline Bayart !


C'est bien simple, j'ai pensé irrésistiblement à Jaqueline Maillan.
« La » Maillan. Oui, oui. Parfaitement.

L'une des plus grands comédiennes comiques françaises.
J'ai retrouvé les mimiques, les ruptures, les mouvements d'yeux, la gestuelle souvent exagérée et dans l'outrance.
D'ailleurs, l'une des chansons interprétée hier soir fait partie du répertoire de la grande Jacqueline. Je vous laisse découvrir.

A l'occasion d'une chanson, Melle Bayart nous montre qu'elle sait également se situer dans un registre beaucoup plus émouvant. Bouleversant même.
Sous les voûtes en pierre calcaire du Kibélé, on aurait à cet instant du spectacle entendu une mouche voler, tellement ce quelle nous montre et nous chante est intense et prenant.
Elle pleure.

Bien entendu, le côté humoristique reprend vite le dessus, notamment avec un duo drôlissime avec Manuel Peskine, le pianiste, à qui je tire un vrai coup de chapeau.
Non seulement en raison de son talent d'interprète, bien entendu, mais également en raison du fait qu'il parvient à ne pas éclater de rire en accompagnant sa partenaire de scène.

De plus, Emeline Bayart joue de façon jubilatoire avec le public.
Deux couples, lors de l'interprétation d'une autre chanson d'Yvette Guilbert, se souviendront longtemps de leur venue. (Je tais le titre de la chanson volontairement, pour l'effet de surprise!)

Au Kibélé, les artistes sont rémunérés « au chapeau ».
Une nouvelle fois, la chanteuse-comédienne va nous faire éclater de rire, en passant dans les rangs avec un chapeau-cloche dans les mains, en diseuse de bonne aventure étonnante...

Un rappel hilarant lui aussi nous sera « imposé ». Une chanson de Bernard Joyet qui prouve que la jeunesse ne fait pas tout !

Il faut coûte que coûte aller applaudir Emeline Bayart, que ce soit en ce moment au Kibélé, donc, ou à l'Opéra-Comique.
C'est l'un des spectacles musicaux les plus enthousiasmants auquel j'ai pu assister.
Ou comment associer de la plus brillante façon virtuosité et hilarité.
-----------

Nb : le café-théâtre Le Kibélé ne s'occupant pas des réservations, il vous faut impérativement réserver auprès d'Emeline Bayart à cette adresse :


réservationemelinebayart@gmail.com

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article