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La grande musique

© Photo Y.P. -

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La psychogénéalogie, ça vous parle ?
Moi, non. Du moins jusqu’à vendredi dernier.

C’est en effet ce concept et cette pratique clinique développés dans les années 1970 par Anne Ancelin Schützenberger qui constituent la toile de fond dramaturgique de la pièce de Stéphane Guérin.
Un concept qui, au passage, inspirera Isaac Asimov pour sa psycho-histoire, développée dans son cycle Fondation.

 

Et si, dans les familles, les schémas traumatiques se reproduisaient de génération en génération, comme si les liens plus ou moins invisibles des secrets et conflits familiaux passés impactaient d’une certaine façon fataliste enfants et descendants ?

 

Qui est-il donc ce Marcel Vasseur, qui apparaît devant nous en tenue dépenaillée, et qui de façon ponctuelle, viendra tout au long du spectacle nous dire ses vérités, nous dévoiler de plus en plus précisément le drame passé et en constater l’impact un tiers de siècle plus tard ?

 

Nous allons voyager dans le temps, et plus précisément, nous allons réaliser des allers-retours dans deux époques bien précises.

La nôtre, aujourd’hui, et une époque passée. Le temps de l’horreur, du malheur et de l’indignité humaine.

 

Tel est le principal grand défi qu’a eu à affronter Salomé Villiers : mettre en scène ces allers-retours, nous montrer ses comédiens évoluant dans deux époques différentes.

 

Melle Villiers a parfaitement surmonté cette gageure.

Nous ne sommes jamais perdus, et grâce à différents moyens que je ne vous dévoilerai évidemment pas, nous savons toujours où nous en sommes, et surtout à qui nous avons affaire sur le plateau.

 

Il y a un sacré fossé entre écrire sur le papier les didascalies « le temps présent », « le temps passé », et montrer cette cassure temporelle.

Ici, cette évolution est très réussie.

 

Tout comme le choix de la petite troupe de six comédiens que j’ai tous déjà vu sur un plateau. Qui m’ont tous déjà ravi dans différents spectacles.

Ils se connaissent, s’apprécient, ont déjà joué ensemble. Une vraie cohésion dramaturgique va régner tout au long de cette heure et demie.

 

Certes, ce spectacle est grave. Ce qui s’est passé, là-bas, en Haute-Autriche est épouvantable.

Ce que Stéphane Guérin nous raconte est souvent très sombre.

 

Mais tout au long de la pièce, il a su faire en sorte que ces moments douloureux alternent avec des passages franchement drôles.
Tout comme Melle Villiers a su alterner ces deux ambiances bien différentes.

Là encore, une grande réussite.

Quel bonheur de retrouver Hélène Degy, dans un double rôle Esther/Frieda !

Un double rôle que la comédienne aborde avec sa grâce, sa sensualité, sa distinction coutumières.
Elle est absolument parfaite à nous faire partager ce qui est arrivé naguère et arrive de nos jours à ces deux femmes.

Etienne Launay est Pierre. Le comédien est lui aussi épatant dans ce joli rôle qui demande beaucoup de fraîcheur et de délicatesse.

Marcel Vasseur, c’est Brice Hillairet, qui m’avait notamment enchanté en 2017 dans la pièce de Pierre Notte « Ma folle otarie ».

Le comédien va nous tenir en haleine tout au long de la pièce. Nous serons suspendus à ses lèvres, par ce qu’il nous dit, nous montre et comment il nous le dit et nous le montre. Là aussi, un vrai beau rôle !

 

Les trois autres comédiens ne sont pas en reste. Ce sont eux qui vont être chargés de nous faire rire.

Et notamment Raphaëline Goupilleau qui est par moments hilarante.
Ses ruptures, ses décalages sont épatants. Qu’est-ce qu’elle est drôle en Nelly ! La scène des crêpes est jubilatoire !

Pour autant, dans son autre rôle, celui de Marzella, elle est d’une gravité marquante, nous dévoilant ainsi l’étendue de sa palette.

Le fils de famille est interprété par Pierre Hélie, qui, en fils de famille gay plus ou moins névrosé va nous tirer bien des rires. Lui aussi excelle à mettre en mots les tirades percutantes de Stéphane Guérin.

Sa réponse à « Moi, c’est Pierre » est magnifique ! (L’éclat de rire dans la salle, c’était moi ! )

Large palette de jeu également pour Bernard Malaka, qui nous émeut et qui nous fait bien rire, perruque sur la tête en présentateur TV doté d’une voix qui n’est pas sans rappeler celle d'un producteur recevant naguère ses invités sur un divan.

C’est un bien beau moment de théâtre qu nous a été proposé au La Bruyère, et qui sera donné cet été à Avignon au théâtre Buffon.
Un moment auquel il faut assister.

La musique n'est pas seulement grande. Elle est bien belle !

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