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Baie des anges

© Photo Y.P. -

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Aux Niçois qui mal y pensent !


« […] Vous croyez savoir tout, mais vous ne savez rien. Vous ne savez pas le principal. Vous croyez savoir ! »

Dès la troisième réplique de sa pièce, Serge Valletti annonce la couleur. Nous voici prévenus, nous les spectateurs, qui sommes là, tels des voyeurs, à essayer de démêler ce qui va se passer devant nos yeux.

Le personnage de Gérard est un producteur qui a réuni dans une maison sur les hauteurs de Nice Armand et « La fille », deux comédiens qu’il va faire répéter.
Le but étant de proposer au public une pièce de théâtre « contemporain » au milieu d’un décor de film noir.

Le théâtre dans le théâtre… Une idée qui depuis Shakespeare a fait son chemin.

Certes. Mais ici, l’entreprise va se révéler pour le moins délicate.
Il faut d’abord pour Gérard se mettre en tête qu’il n’est pas au cinéma, et qu’entre les codes de ces deux media, il y a un monde.

Avant l'entrée en scène des protagonistes, d’ailleurs, une servante allumée côtoie un projo de ciné.

Le ton est donné.

Cette pièce est en quelque sorte une commande.
Serge Valletti l’a écrite en réponse à une idée du producteur de cinéma Faramarz Khalaj.
Celui-ci lui a demandé de « sortir de son cœur » une histoire vraie qui l’a bouleversé.

Nous allons découvrir les tenants et aboutissants de cette histoire-là, qui est bâtie non pas comme un puzzle, mais comme un faisceau d’indices, de moments cruciaux à remettre en ordre, de petites tranches de vie à réassembler.

Déjà, il nous faudra trouver un début à cette histoire.
Tâche ardue, d’autant que les personnages eux-mêmes ne semblent pas avoir la moindre idée de ce qui pourrait bien constituer ce début.

(D’ailleurs, un clin d’œil à l’inspecteur Columbo nous avertit que nous ne serons pas dans un « whodunit » à la Hitchcock. Ici, la fin, on la connaît très vite.
C’est le début qui est problématique, vous dis-je ! )

De cette déclaration d’amour au théâtre et au cinéma, le metteur en scène Hovnatan Avédikian en a tiré une réjouissante comédie noire.

 

Nous allons assister à une sorte de farce burlesque, tragico-comique, mettant en scène trois méridionaux souvent branquignolesques aux prises avec des codes qu’ils ne maîtrisent pas ou peu, et qui vont déclencher bien des rires.

Les trois comédiens vont s’en donner à cœur joie.

Dans une espèce de « Plus belle la vie » au surpuissant vitriol, ils nous entraînent dans un acide et enthousiasmant tourbillon.
Une sorte de « Moins belle la vie », finalement…

Une véritable salade niçoise de sentiments et d’émotions volontairement forcés, outrés, surjoués, démultipliés.
Une tornade volontaire de situations/lieux-communs concernant les rapports entre acteurs, entre metteur en scène et comédiens. Passions, colères, coucheries, jalousies, doutes, tout y passe...
La pièce comporte beaucoup d’entrées possibles.

Sans oublier un maelström de détournement de clichés du sud-est.

A cet égard, Joséphine Garreau est épatante en cagole à l’accent méridional à couper au couteau, une espèce de tante Zoé parfois niçoise, parfois corse….
(Une famille célèbre de l’île de beauté est en effet évoquée de façon drôlissime… Je n’en dis pas plus, on ne sait jamais…)

Sa tirade « beaudelairesque » décalée est fort réussie.

Nicolas Rappo est Armand, le comédien.
Lui aussi est impayable, notamment grimé en voisine (pour le moins étonnante) du lieu du drame.

Et puis, en ce soir de première, c’est le metteur en scène lui-même qui interprétait Gérard. (David Ayala, que j'avais tant apprécié dans "Macbeth (the notes)", reprendra ce rôle les jours qui suivent.)

Il faut noter que c'est d’ailleurs lui, Hovnatan Avédikian, qui a fait se rencontrer Valletti et Khalaj. Il est en quelque sorte à l’origine de tout ceci.

Il va nous proposer pour notre plus grand plaisir de grands moments d’hilarité. Son personnage souvent halluciné fait fonctionner à plein régime nos zygomatiques.

Ces trois-là s’amusent sur le plateau et s’entendent comme larrons en foire, c’est évident.
Ce faisant, ils nous embarquent aisément dans cette heure et demie de folie contrôlée de bout en bout.

Ah ! J’allais oublier…
Au sortir de ce réjouissant moment de théâtre, vous ne regarderez plus vos guirlandes de Noël du même œil !

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