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King Lear, fragments

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Délire de Lear…


Dix ans !
Voici dix ans que Frédéric Fialon et Jérôme Kocaoglu créaient ce spectacle, mis en scène par Caroline Fay.
Dix ans que ces membres émérites et niçois du Collectif Main d’œuvre bousculaient pour la bonne cause le chef-d’œuvre du grand William !

Frédéric Fialon, qui a adapté cette pièce, mettait ainsi en évidence ce postulat : les grands auteurs sont faits pour être chahutés, à condition évidemment que le propos et l’esprit soient respectés.

Dans ce réjouissant et survitaminé Lear, c’est pleinement le cas !

Devant le Manoir de Bel-Ebat, dans le cadre du premier festival Shakespeare Upon Avon, les deux compères ont planté leurs tréteaux.

Car oui, cette adaptation tient de ce théâtre de tréteaux que j’aime tant.
Des comédiens arrivent sur la place du village, déchargent décors, costumes et accessoires, et vont chercher le public pour leur faire découvrir une pièce, un auteur.

Les deux comédiens vont d’ailleurs s’en donner à cœur joie, une bonne demi-heure avant que le spectacle ne commence à proprement parler.
Jouant avec le public qui approche, invitant les badauds interloqués à venir s’asseoir, plaisantant avec certains « timides », ces deux-là déclenchent déjà l’hilarité générale.
Et surtout, donnent le ton de ce qui va suivre.

Dans son adaptation, Frédéric Fialon à fait se rencontrer virtuellement plusieurs britanniques : Shakespeare et les Monty Python.

C’est en effet grâce au registre burlesque, à celui de la farce qu’il va parvenir à mettre en valeur et en exergue la folie qui plane sur ce texte.
La folie de ce roi qui cause sa déchéance et sa perte, la folie du monde décrit par Shakespeare, et le soi-disant folie d’un autre personnage essentiel, le bouffon. Le fou, justement !

Des moments hilarants, oui, je pèse cet épithète, des moments hilarants vont émailler cette heure et demie.

Mais attention : des passages bouleversants nous attendent également. Lors de certains dialogues, le public n’en mène par large.
La palette des deux comédiens est très large.

Lear, c’est Frédéric Fialon himself, les autres rôles de l’intrigue principale étant tenus par Jérôme Kocaoglu, grand adepte de la cuculle, du looper Boss associé à son piano, et du rouge à lèvres.

(Il est à noter que l’intrigue secondaire, mettant en scène les péripéties de la famille Gloucester, est également montrée, juste devant le public, devant la scène.)

Les passages essentiels sont donnés, et par moments, pour faire avancer l’intrigue, nous avons droit à des points de situation, des explications savoureuses, des résumés judicieux et drôles.
On mesure à ce « meta-théâtre » la parfaite connaissance de l’œuvre qu’en a l’adaptateur.

 

De grands moments nous attendent : les interprétations de Goneril et Régane, la majesté puis la déchéance du roi, une scène apocalyptique de tempête, ou encore une énucléation en direct, à la fois sidérante et « solanacéenne »…

Les passages plus tragiques sont quant à eux source de beaucoup de passion et d’émotion.
Un silence absolu règne alors dans la cour du manoir.

Tout au long du spectacle, le second degré règne en maître.
Les comédiens rappellent en permanence leur jeu du chat et de la souris avec Shakespeare : « Un peu de respect pour le théâtre élisabéthain ! » s’écrira d’ailleurs Lear !

Le spectacle est tellement bien rôdé que les deux n’hésitent pas à improviser et jouer avec les événements qui peuvent survenir : une cloche qui tinte au lointain, un cri d’un nourrisson dans le parc du manoir, les pièces de monnaie qu’un spectateur a déposées dans la sébile du mendiant…
Tout ceci témoigne également de la grande maîtrise du texte et du propos shakespearien.

Il est à noter que le public est mis à contribution par moments.
Le couple montré du doigt qui comme huissier, qui comme putain, ce couple-là n’est pas prêt d’oublier sa venue au festival.
Tout ceci est bon enfant, évidemment. La fête est bien matérielle et palpable, avec même une distribution de vin et de galettes St-Michel !

Ce spectacle est un passionnant moment de théâtre, à la fois intelligent, malin, drôle, bouleversant et surtout fidèle au grand Will !

Les deux fillettes du premier rang, à qui Jérôme Kocaoglu avait précisé avant de commencer à jouer que si elles s’ennuyaient, elles pouvaient toujours aller  s'amuser dans le parc, les deux fillettes sont restées toute la représentation, riant beaucoup ou ayant les yeux grands ouverts.

Je les enviais, quant à moi, d’avoir la chance de découvrir la pièce grâce à ces épatants fragments !

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