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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Hamlet, ou la fin d'une enfance

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

On dirait eh ben qu’mon père y s’rait mort, et qu’ma mère, elle f’rait rien qu’à m’embêter en voulant se remarier !

Voilà ce que pense ce jeune garçon, retranché dans sa chambre, ignorant les suppliques maternelles pour l’en faire sortir.

Il est dans son lit, dès notre entrée dans la salle de la Maison dans la vallée, à Avon, et lit Hamlet.
Au mur, un poster : Laurence Olivier, à genoux, en costume du rôle-titre.

 

En 2008, Ned Grujic a adapté de façon originale et très réussie le chef d’œuvre du grand William. Une adaptation qui clôturait hier le festival Shakespeare upon Avon.

 

C’est par le prisme de l’enfance qui s’achève sur une cruelle désillusion que le metteur en scène a choisi de nous raconter Hamlet.

 

L’enfance…
Ce moment de la vie où tout est possible, grâce au pouvoir de l’imagination, grâce à la capacité qu’ont les petits de transformer objets et jouets en personnages bien vivants et à leur faire vivre de sidérantes et palpitantes aventures.

L’enfance…
Avec ce verbe jouer, dont les mômes et les comédiens savent seuls si bien s’emparer !

C’est de cette façon que va nous être raconté le drame danois.
Ce pré-ado « auto-confiné » dans sa chambre, va non seulement incarner son héros Hamlet, dans lequel il s’identifie pleinement, mais il va s’emparer de tous les rôles par le biais de moyens plus ingénieux les uns que les autres.

Les différents jouets qui jonchent le sol de la chambre, les figurines militaires, le petit biplan en bois, le castelet, les malles, le petit rocking-chair, la literie, tout ceci va servir à ce jeune homme à faire vivre la pièce de Shakespeare.

Ce jeune homme, c’est Thomas Marceul.
Le metteur en scène et lui se connaissent bien, travaillant ensemble depuis un certain nombre d’années. Je vous avais notamment rendu-compte ici même de leur version du Marchand de Venise !

C’est bien simple, le comédien va nous livrer une véritable performance !

Même si le texte a été réduit, c’est lui qui va incarner tous les personnages et qui va dire tous leurs textes !


Oui, ils seront bien présents sur scène, les Claudius, Gertrude, Horatio, Rosencrantz, Guildenstern, mais aussi les Fortinbras, Laerte, Ophélie ou encore la troupe complète de comédiens du spectacle dans le spectacle !

Utilisant tout ce qui lui tombe sous la main, et notamment les jouets à sa disposition, comme le ferait donc un petit, il va donner une âme à ces objets animés qui n’en demandaient sûrement pas tant.

De multiples scènes empreintes de drôlerie, de grâce et de poésie nous attendent.
Ces jouets, ces marionnettes, ces draps et polochons qui s’animent, tout ceci représente un sacré travail de manipulation.
Thomas Marceul, avec l’énergie, l’engagement qu’on lui connaît, dans une précision et une minutie remarquables, permet à ces objets d’exister pour matérialiser le texte de la pièce.


Certaines apparitions de « personnages » sont le prétexte à beaucoup de rires de la part du public. Tout ceci est fait de bien intelligente façon, avec de multiples clins d'œil (Tolkien-Jackson, ou encore Coppola-Wagner...)

Le comédien utilise sa voix, également, pour animer ses jouets.
Ses voix, devrais-je plutôt écrire !

Registres grave, aigu, medium, masculin, très grave, féminin, très aigu, il utilise son importante tessiture, avec souvent des moments eux aussi drôlissimes, comme son dialogue entre Hamlet et le spectre.

Le runing-gag avec la sifflante « sssssssssss » est épatant !

Le public ne s’y trompe pas qui rit beaucoup, mais qui apprécie beaucoup ainsi l’intemporalité, la beauté, la modernité du propos shakespearien.

Hamlet, première victime de la famille recomposée ?

Et le crâne, me direz-vous ?

Comment intégrer cet accessoire macabre dans une chambre d’enfant ?
Je ne vous en dirai pas plus, mais la scène V,1 de la tragédie est bel et bien là !

Au moment des saluts, les bravi fusent, les spectateurs avonnais tapant en rythme dans leurs mains.

Ce n’est que justice, après avoir assisté à cette formidable version qui permet à chacun de retrouver une âme enfantine peut-être un peu perdue en chemin…

Thomas Marceul précise après ces applaudissements nourris qu’il s’agissait de la dernière de cette pièce.
Je parierais quant à moi qu’il n’en est rien !

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