Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Dans les bois

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Promenons-nous dans les bois, pendant que Stella Serfaty et Lora Cabourg y sont !

Août 1854.
Le philosophe, naturaliste et poète américain Henry David Thoreau publie son œuvre majeure, Walden, ou la vie dans les bois.

 

Ce texte important est un récit autobiographique.
Il nous raconte la vie que Thoreau a passée dans une « simple » cabane au fond des bois, durant deux ans, deux mois et deux jours.

Ce faisant, il rejoint en quelque sorte Jean-Jacques Rousseau, en nous embarquant dans un réel et salvateur retour à la nature.
Une nouvelle exploration du mythe du bon sauvage.

La réflexion consacrée à la vie va aboutir sur une autre, plus vertigineuse, celle de la condition humaine.
Ce retour à la mère nourricière et naturelle, au sens premier du terme, va métamorphoser, transformer l’homme qu’il est.

C’est une véritable éthique originelle qui lui est dévoilée.
Une éthique qui n’est évidemment pas sans résonner très fort à nos oreilles. Le texte est émaillé de préoccupations très « écologiques » avant la lettre.

Thoreau va aller beaucoup plus loin que Rousseau.
Une autre réflexion, plus subversive celle-là, sera consacrée à l’Homme au sein de la société capitaliste qui commence à prendre toute son ampleur en ce milieu du XIXème siècle.

C’est donc ce récit qu’a adapté Stella Serfaty.
Cette adaptation est à vivre comme une expérience à la fois matérielle et sensorielle, puisque nous autres spectateurs allons également être acteurs du spectacle qui se joue.

Pendant que la comédienne va nous dire les morceau choisis de l’œuvre, nous devrons nous aussi nous rapprocher de la nature, en devenant bâtisseurs, peintres, ingénieurs, charpentiers ou musiciens bucoliques.
Construction de la cabane, contemplation de ce retour originel, (qui fait parfois un peu penser à un feu de camp d’adolescents), création individuelle, (on tape sur des seaux en PVC, on peint avec des pigments terreux), voici les trois phases qui nous attendent.

 

Car oui, nous allons la bâtir cette fameuse case de l’oncle Henry-David, et ce, grâce à la jolie et ingénieuse scénographie de Magali Murbach.

Alors évidemment, il faut être clair : en plantant des clous, en élevant des planches, en grattant des pommes de pin, il est illusoire de vouloir suivre à la lettre le texte qui nous est dit.
Impossible pour moi d’exécuter les deux tâches en même temps.
C’est la limite de cette entreprise artistique.

Sur scène, outre Melle Serfaty et nous autres, « spect-acteurs », une autre artiste donne vie elle aussi à la poésie du texte.

La talentueuse danseuse Lora Cabourg interprète une intense chorégraphie.
Tour à tour sauvage, douce, fougueuse, suave, envoûtante, enivrante, elle est l’incarnation de ce bon sauvage qui a choisi de vivre dans ces bois.

La danseuse ne ménage pas sa peine, dans une improvisation contemporaine très balisée.

Je dois l’avouer, c’est surtout elle que je n’ai pas quittée des yeux.
Envoûtante, vous dis-je !

Il faut noter également que ce spectacle est très joliment et très subtilement décliné dans des camaïeux ocres de terres argileuses.

On l’aura compris, cette heure et demie peut paraître parfois étrange ou dérangeante, par les moments participatifs proposés. Le public doit s’y donner la peine d’entrer et faire l’effort de se laisser aller à ce retour à la vie « sauvage ».

C’est une « im-terre-sion » dans la mère-nature et l’œuvre de Thoreau qui se mérite.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article