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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

La veilleuse, Cabaret holographique

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Etre (là) ou ne pas être (là) ?

Sur la scène, une chaise et une servante de théâtre. Une veilleuse.
Sur la scène, avec cette « ghost lamp », même l’absence des comédiennes et des comédiens ne signifie pas leur non-présence.
Sur la scène, grâce à ce cabaret holographique, ils seront là, sans pourtant être présents.

Valentine Losseau et Raphaël Navarro les tauliers de la compagnie 14:20, ont eu l’idée de ce spectacle hors du commun lors du premier confinement.

Ou comment parler de la dématérialisation des rapports entre les artistes et le public, dès lors que les théâtres et lieux de spectacle vivant sont fermés.

(Ce sera au passage ce spectacle-là qui précisément ré-ouvrira la programmation du 104, car oui, les théâtres vont bien finir par ouvrir à nouveau !)

Les deux artistes, qui ont notamment introduit la Magie avec un grand M à la Comédie Française (on se souvient de leur merveilleuse version de Faust), poursuivent ici leur travail consacré à la présence et aux rapports entre le réel et les perceptions qu’en tire notre cerveau.

Ce que certains philosophes et certains chercheurs en neurosciences définissent par le concept de « sentiment de certitude ».
Suis-je vraiment certain de voir et ressentir ce que je crois voir et ressentir ?

Dans une version moderne du mythe de la caverne, j’ai pu assister à un format réduit de moitié de cet étonnant, sidérant et magique spectacle.


Durant vingt minutes composées de quatre tableaux holographiques, j’ai complètement perdu le sens du réel, du vrai, du tangible, pour être transporté dans le monde du merveilleux, celui où tout est possible, y compris léviter, voir une tête humaine devenir une note de musique sur une portée ou encore voir sur scène des lucioles venir délicatement tournoyer autour de l’ampoule de la « ghost lamp ».

Oui, tel des Meliès des temps nouveaux, Melle Losseau et M. Navarro ont inventé un nouveau langage, un nouveau medium, réinterprétant ainsi la technique de l’hologramme.

Car ne nous y trompons pas : il ne s’agit pas ici de proposer au public une simple captation de performances scéniques, fût-ce en trois, quatre, cinq ou je ne sais combien de dimensions.

Non. Grâce à une technique holographique totalement maîtrisée, les deux nous immergent véritablement dans un univers onirique et poétique très original.

C’est ainsi que le premier tableau met en scène l’hologramme de Yann Frisch, le chantre de la magie nouvelle, dans une sorte de petite conférence jubilatoire faite d’illusion et de drôlerie, consacrée au « détournement d’attention » .

Nous allons être littéralement bluffés par les interactions de la magie et de l’hologramme.
Il est sidérant de voir cet homme « dématérialisé » poser sa veste sur la chaise bien présente sur le plateau.
Une veste qui réapparaîtra d’ailleurs sur ses épaules sans que personne n’y fasse attention. C’est lui, dans un runing-gag épatant qui nous alertera : nos sens ont été complètement trompés !

Ce qu’il va faire avec cette petite balle rouge est stupéfiant !

Détail révélateur : à la fin du numéro, les six journalistes-spectateurs que nous sommes applaudissons.
Et pourtant, nous étions prévenus : il n’y a rien sur la scène, à part cette servante et cette chaise !
Sidérant, vous dis-je !

Kaori Ito lui succède.
La technique holographique va magnifier la chorégraphie, prolongeant les sublimes et délicats mouvements de la danseuse par des rémanences, des échos et des delays visuels.
Comme si les gestes s’étiraient, se décomposaient ou se répétaient sans fin.

Là encore la technique apporte vraiment une autre dimension, onirique et poétique.
C’est magnifique !

Tout comme la chanson qu’interprétera Yael Naim, en flottant parfois dans les airs et les nimbes, ou bien encore en changeant subtilement de tenues vestimentaires.

Dom la Nena et Rosemary Standley interprèteront quant à elles le titre « Birds on a wire », dans un hommage visuel appuyé à Georges Meliès.
Là encore l’inventivité et la créativité techniques permettent de brouiller les pistes et de plonger les spectateurs dans une sorte d’éther, un univers de tous les possibles.

C’est tout du moins ce que croit notre cerveau.
Ce que nous avons vu, nous y avons cru, tout en sachant pertinemment qu’il n’y avait rien sur la scène.

A part, je me répète, cette servante et cette chaise.

Je suis ressorti du petit dôme où était présenté la version écourtée de ce cabaret holographique complètement émerveillé, époustouflé et sidéré !

Dans la version complète, se succèdent également Eric Antoine, Clément Dazin, Lou Doillon, Laurence Equilbey, avec Anas Séguin (baryton) et Chiara Skerath (soprano), ainsi que Yoshi Oida.

Il est à noter également que trois formats de ce cabaret holographiques existent.
Un format plateau, pour les salles de spectacle.
Un format à l’échelle 1/2 « in situ », pour les espaces extérieurs, halls de gare, gymnases, halls désaffectés, etc...
Un format castelet à l’échelle 1/4 pour les hôpitaux, les prisons, les médiathèques, etc...


Il vous faudra absolument venir le plus tôt possible au 104 découvrir ce spectacle hors du commun, ce troublant et fascinant moment de poésie et d’onirisme visuels.
Nous en reparlerons !

© Photo Cie 14:20

© Photo Cie 14:20

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