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Une femme se déplace

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Quand David Lescot se la joue "Retour vers le passé" !

Dans cette brillante, drôle, émouvante et très fraîche comédie musicale, le dramaturge et metteur en scène va nous confronter à la vie d'une femme, quadragénaire, qui va s'interroger sur son existence, qui va être amenée à réfléchir à son enfance, son adolescence, aux rapports avec sa famille, à ses ambitions, ses désillusions, ses amours, ses déceptions, ses renoncements.

Elle va nous lancer également, cette femme, un vrai message personnel et politique, au sens noble du terme.


Bienvenue au restaurant ultra-branché « Plattitude », dans lequel le plat compte autant que l'attitude. (Je ne vous explique pas le concept, le très précieux maître d'hôtel s'en chargera, plus ou moins facilement...)
Nous allons faire la connaissance de Giorgia, qui va réaliser une découverte étonnante : en branchant son téléphone sur le brumisateur de table, elle peut remonter le temps, et se retrouver là où elle veut dans son propre passé....

Giorgia, elle en a des soucis, des problèmes, des tuiles... Elle va nous exposer tout ça, et nous verrons même dans une séquence drôlissime arriver sa fille au restau, une fille qui a décidé de porter un costume qui ne manque pas de poser questions...

Et nous voici embarqués pour des petits sauts dans le temps, dans lesquels nous allons comprendre le parcours de cette femme, nous allons découvrir son chemin de vie par petits morceaux.
Tel un puzzle temporel, il va nous falloir remettre tout ça dans l'ordre et retisser la trame de ces quarante années passées

Ce faisant, M. Lescot nous entraîne dans un passionnant ballet musical, un tourbillon parfaitement maîtrisé de situations drôles, cocasses, émouvantes, tristes, amusantes.
C'est une véritable chorégraphie de saynètes qui nous est présentée.

Tous ces petits tableaux sont séparés par des moments de changements ultra-rapides de mobilier sur un plateau nu, des changements de costumes, dans une lumière noire qui laisse apparaître un entre-deux mondes très joli fait de toutes petites étoiles scintillantes. (Je serais curieux de voir ce qui se passe dans les coulisses, les comédiens ont autant à faire sinon plus que sur le plateau...)

Qui dit comédie musicale dit musique et danse.
Quatre musiciens (claviers, batterie, guitare et basse) interprètent la partition que l'on doit elle aussi à David Lescot.
Des chansons elles aussi très réussies, spirituelles, tranchent avec le côté stéréotypé de certains autres spectacles, avec des mélodies et des textes prenants qui vous interpellent vraiment.
Les chorégraphies de Glysleïn Lefever sont on ne peut plus à la hauteur, avec de très beaux moments, comme la scène dans une discothèque, ou encore ce ballet d'huissiers frénétiques.

Giorgia, c'est Ludmilla Dabo.
Ah ! Ludmilla.... L'excellente Ludmilla Dabo dont je suis un vrai fan !

Les fidèles de ce site se souviennent évidemment et notamment de ce bonheur total qu'était le spectacle « portrait de Ludmilla en Nina Simone », déjà de David Lescot.

Une nouvelle fois, elle est épatante. Sa vis-comica, (ah ! Ces regards sidérés, ces mimiques abasourdies, ces double-takes....), sa large palette, et puis sa voix de mezzo, un peu éraillée, tout ceci fait merveille.
Pratiquement omniprésente sur le plateau du début à la fin de ces deux heures et quart, dans sa robe noire un peu austère, elle m'a une nouvelle fois enchanté. C'est un réel bonheur de la voir se dépêtrer de toutes les situations burlesques ou plus tendues auxquelles elle est confrontée.

La petite troupe à ses côtés est à l'avenant.
De grands moments nous sont réservés. La démarche et la gestuelle des deux serveurs sont absolument irrésistibles.
Chaque comédien incarne plusieurs rôles, parfois assez improbables, le tout avec beaucoup de conviction, de force souvent comique. Bravo à tous.

Coup de chapeau également à Alwyne de Dardel qui signe une très jolie scénographie dép, avec notamment sept éléments lumineux en forme de vagues de LED's au plafond.

Et puis, au final, nous allons donc réfléchir à ce fameux message évoqué un peu plus haut.
Tout au long de la pièce, y compris à la toute fin, c'est une bien belle petite ritournelle qui va nous interpeller. Une ritournelle que je vous défie de ne pas avoir envoie de fredonner en sortant du Montfort :
« Je dis oui à tout, oui à tout... Oui..... »
Mi sol mib mi do, mib mi sol...

En ces temps troublés, où certaines libertés publiques sont assez piétinées (c'est un euphémisme...), ces neuf mots résonnent très fortement en chacun.

On l'aura compris, cette entreprise artistique, cette comédie musicale ultra-contemporaine racontant purement et "simplement" la vie m'a enthousiasmé. (Il serait d'ailleurs et au passage intéressant de savoir ce que l'auteur-metteur-en scène a mis de lui-même là-dedans...)

C'est réussi, c'est malin, c'est intelligent, c'est engagé, c'est brillant.
C'est David Lescot.

© Photo Christophe Raynaud de Lage - Cie KAIROS

© Photo Christophe Raynaud de Lage - Cie KAIROS

© Photo Christophe Raynaud de Lage - Cie KAIROS

© Photo Christophe Raynaud de Lage - Cie KAIROS

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