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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

[REPRISE] Tout Dostoïevski

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Reprise au Lucernaire d'un bien beau spectacle, que j'avais découvert quant à moi à la Cité universitaire internationale.
Voici ce que j'écrivais en avril 2019.

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Beaucoup de chance ! Oui, nous avons eu beaucoup de chance, hier au Théâtre de la Cité internationale !


Le dossier de presse est formel : seules deux personnes au monde sont capables de résumer tout Dostoïevski en un peu plus d'une heure.
Le sage japonais qui réside dans un monastère sur le mont Fuji étant indisponible, c'est donc Charlie qui s'y est collé. Ouf !


Charlie, le spécialiste des contributions basées sur l'amour, le partage et l'harmonie.
Charlie, le looser magnifique, le cousin de Vladimir et d'Estragon, Charlie qui a eu un accident connu de lui seul et qui lui confère la sagesse et la philosophie populaires de ceux qui ont beaucoup bourlingué.


Charlie, le roi du bricolage, qui a hissé cette activité au rang d'art majeur, grâce notamment à ses petits bouchons de liège.

Ce n'est pas pour rien qu'il apparaît non pas avec un micro HF mais un bon vieux Shure pendouillant autour du cou, le tenant en laisse par un câble parfois récalcitrant.


Benoît Lambert, par ailleurs directeur du CDN Dijon-Bourgogne et le comédien Emmanuel Vérité ont créé ce personnage iconoclaste de conférencier extra-ordinaire, détenteur d'une certaine forme de sagesse brute, en veste noire trop grande, en pantalon de smoking et chemise hawaïenne.


Dans une première partie, Emmanuel Vérité va nous faire énormément rire.
Pendant plus d'une heure, dans une forme qui n'est pas sans rappeler le cabaret, il va prendre une voix éraillée, dotée d'un certain souffle, ce genre de voix qui a beaucoup vécu, qui a dit beaucoup de choses.
De cette voix-là, (c'est une vraie performance), il commence à nous raconter Dostoïevski, par le biais de Crime et châtiment, et ce, de façon hilarante.


Nous allons assister comme si nous y étions à l'assassinat de la concierge-usurière et de sa fille par Raskolnikov, ainsi qu'au tourment intérieur et à la culpabilité de l'assassin.


Nous ferons la connaissance de l'inspecteur Porphyre Petrovich, qui sera mis fort judicieusement en abyme et de façon irrésistible avec un célèbre policier télévisuel. Et non, je n'en dis pas plus...


Le comédien provoque les fou-rires de la salle entière par ses décalages, son autodérision. Le texte très drôle, ses adresses au public, ses moments d'improvisation, son jeu avec certains spectateurs (votre serviteur a même été jusqu'à chanter le générique des Mystères de l'Ouest, si si...), tout ceci concourt à l'hilarité générale.


Il y a de l'Auguste, du clown dans cette première partie. Une vraie force comique émane de tout ceci. Tout a l'air d'aller à la va-comme-je-te-pousse, mais il est évident que tout est réglé au millimètre.

Alors certes, nous rions, mais cependant, les éléments biographiques et l'évocation littéraire de l'écrivain russe témoignent d'une vraie érudition de la part des deux auteurs du spectacle.


C'est un spectacle interactif également, puisque nous avons la possibilité de gagner des bonbons à la réglisse, des images (presque) pieuses, et un verre de délicieuse vodka.


Mais ce n'est pas tout. Loin s'en faut.
Nous allons être très émus. Au point d'avoir les yeux qui se brouillent. Ce fut mon cas.


Dans la seconde partie, Charlie-Emmanuel Vérité va évoquer la mort du petit Aliocha, à la toute fin du roman Les frères Karamazov.
L'humanité du personnage rejoint alors celle de Dostoïevski.
Dans un ton plus grave, plus posé, le comédien nous fait éclater à la figure l'universalité, la spiritualité, le génie du grand Fiodor Mikahïlovitch.

Une dernière pirouette-adresse aux spectateurs et Charlie nous laisse complètement subjugués par ce que nous venons de voir.
Un tonnerre d'applaudissements et de nombreux bravi totalement mérités s'élèvent alors.

Je vous recommande plus que vivement ce spectacle qui nous permet de découvrir (ou de retrouver) ce personnage inoubliable qu'est Charlie, et qui nous rappelle quel immense auteur est Dostoïevski, inscrit définitivement au patrimoine littéraire et culturel de l'Humanité.


C'est un magnifique moment de théâtre !

© Photo Gilles Vidal

© Photo Gilles Vidal

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