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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

La promesse de l'aube

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Homme libre, toujours tu chériras ta mère !
Même si ça n'est pas toujours facile...

L'amour maternel...
L'amour d'une mère abandonnée par son mari à la naissance de son fils, qui reporte sur lui tout son amour, un immense amour exclusif, possessif.
Une mère qui place en son rejeton les espoirs les plus grandioses.

 

Voilà ce qui attend le petit Roman Kacew, dès sa venue au monde en général, et sur cette terre lituanienne de Vilnius en particulier.

« Avec l'amour maternel, la vie vous fait à l'aube une promesse qu'elle ne tient jamais », nous dit Romain Gary, dans ce roman autobiographique, publié en 1960.

Ce sont des extraits de ce roman qu'a choisi de nous lire avec passion Stéphane Freiss, pour cette reprise au Poche-Montparnasse.
Parce que ce chef-d'œuvre de la littérature française l'a marqué à jamais, parce que son identification avec l'écrivain-narrateur est on ne peut plus forte.

Et de fait, rarement ai-je pu observer une telle appropriation d'un texte par un comédien.
C'est bien simple, devant nous, Stéphane Freiss va devenir Roman Gary. C'en sera même parfois troublant.

C'est du fond de la salle, qu'il va surgir, M. Freiss.
Masqué, Covid 19 oblige, dans son manteau trois-quarts, comme s'il sortait du métro, un peu à la bourre, le roman dans l'édition de la NRF sous le bras.
Il rejoint le plateau, sur lequel sont disposés deux fauteuils rouges.

Dans une séquence-introduction très drôle, très spirituelle, liée en partie à l'actualité sanitaire, il va nous expliquer ce qui va suivre.
Il semble regretter de ne pouvoir lire l'intégralité du roman, car « choisir, c'est trahir »...
Paraphrasant « un grand artiste belge disparu voici deux ans », je le cite, il nous assène un définitif « on a tous en nous quelque chose de Romain Gary » !
Son chien le rejoint alors sur scène...

Et puis il commence à dire Gary, texte à la main, même s'il n'en aura pas besoin.
Il commence à être l'écrivain.

Va alors débuter un véritable moment de grâce.

Devant nous, le jeune Roman et surtout sa mère apparaissent.
Une maman exclusivement vouée à son fils, qui le couve, le protège, se privant de tout pour lui, reportant sur lui tout l'amour qu'elle ne peut donner à autrui, une mère magnifique, formidable et ô combien haute en couleurs.

Paradoxalement, bien que le comédien reste assis pendant pratiquement tout le spectacle, les deux personnages vont prendre vie !

La puissance de la lecture, de l'interprétation et de l'identification du comédien parviennent à modeler devant nous les héros du roman.
Et puis ses accents épatants.

L'accent russe à couper au couteau de la maman, l'accent niçois d'un conducteur d'autocar ou d'un charcutier du marché de la Buffa, celui de Mariette, ou encore celui d'un professeur de violon au désespoir...

Et puis, cette identification du comédien fait également place à la nôtre.

Dans la salle, je suis persuadé que la mère de Gary a les traits de chaque maman de chaque spectateur. C'était mon cas.
Telle est la puissance de cette heure et quart que de plonger le public dans ses propres souvenirs, dans sa propre relation à la mère, à travers les mots à haute voix.

Stéphane Freiss nous restitue l'humour omniprésent contenu dans les pages du roman.
Nous allons bien rire de la réaction du prof de violon, du passage consacré à Chaliapine, à celui des pseudonymes envisagés par l'adolescent ambitionnant d'accéder à la célébrité.

La fin du livre, la fin du spectacle arrivent. Trop tôt.
Les larmes sont au bord des yeux du comédien. Nous, dans la salle, nous n'en menons pas large.
Beaucoup d'émotion s'empare alors des spectateurs.

Au bout du compte, Stéphane Freiss nous donne une leçon. Et quelle leçon !
Un comédien fait sien, et nous fait sentir nôtre le roman de Romain Gary.

Ne manquez surtout pas cette deuxième occasion de venir l'applaudir au Poche-Montparnasse dans ce magistral moment de théâtre.

 

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