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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

[REPRISE] Les carnets d'Albert Camus

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Une autre excellente idée de reprise au lucernaire !
De bien belle manière, Stéphane Olivié-Bisson, avec la collaboration artistique de Bruno Putzulu, nous fait partager de façon dramaturgique les émerveillements devant la vie, mais également les désirs, les colères, les blessures de cet auteur, avant tout être humain.
Voici ce que j'écrivais en avril 2019.

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C'est la première fois que ces Carnets d'Albert Camus, écrits entre mai 1935 et décembre 1959 sont montés sur un plateau de théâtre.
On se souvient qu'ils ne furent publiés qu'après la mort de l'auteur de tant de chef d'œuvres littéraires par sa femme, puis par sa fille Catherine.


Par le biais de ces textes relevant à la fois du journal intime et du journal de travail, c'est la pensée, la conscience de Camus qui nous est dévoilée, de façon intime mais ô combien sincère.


Stéphane Olivié-Bisson, avec la collaboration artistique de Bruno Putzulu, a donc eu la bonne idée de nous faire partager de façon dramaturgique les émerveillements devant la vie, mais également les désirs, les colères, les blessures de cet auteur, avant tout être humain.


Ce sont deux chaises et un fauteuil vide qui attendent le public, au Paradis du Lucernaire.
A cour, sur le dossier, une veste et une cravate noire. A ses pieds, une paire de souliers.
A jardin, sur l'autre dossier, le célèbre pardessus sombre. Et des livres, des textes.
Le fauteuil
est au lointain, en plein milieu de la scène.


Au devant du plateau, un rectangle de cailloux blancs.
Est-ce pour rappeler la plage de Tipasa, cette ville algérienne que Camus connaissait bien ? (Le premier texte de son ouvrage « Noces » se déroule justement dans cette cité balnéaire.)


Est-ce pour évoquer le carré militaire du cimetière Saint-Michel , à Saint-Brieuc, là où est enterré le père de l'écrivain ?


Ce sont quelques notes d'un piano (très) désaccordé qui débutent le spectacle.
Puis, la voix de Fernandel, dans Le schpountz, s'élève. « Tout condamné à mort aura la tête tranché... », dit-il en éclatant de rire, à la demande de la petite équipe de cinéma emmenée par Orane Demazis.
Le cinéma de quartier, à Alger...


Stéphane Olivié-Bisson est pieds nus. Il commence à nous dire les extraits qu'il a choisis.
Il a opté pour une démarche chronologique.


Nous voici donc dans le Quartier Bellecourt, dans la capitale algérienne.

Sur un écran, sont projetées quelques photos d'archives. L'enfance, la honte de la famille au lycée...


D'une voix claire, très souvent souriant, le comédien restitue ces fragments de vie couchés par le futur prix Nobel sur les neuf cahiers bleus d'écolier.
Pour autant, ces sourires cacheront bien souvent des blessures plus ou moins profondes.


Impossible de se détacher des dires de Stéphane Olivié-Bisson. On sent bien une implication artistique et personnelle. On ne se lance pas dans une telle aventure dramaturgique par hasard.

C'est bien simple, il captive l'auditoire, avec ces fragments d'écrits diaristiques.


Nous sommes souvent touchés, émus.

Mais il parvient également parfaitement à transmettre « le désordre affreux », ce terme avec lequel Camus caractérisait son besoin « d 'anarchie profonde » et de chaos, vecteurs bien souvent chez l'auteur de la démarche créatrice.
Le Camus combattif transparaît également de façon on ne peut plus claire.

Le comédien nous dira l'amour porté à sa mère, tout jeune ou bien lorsqu'elle sera rapatriée en Provence, triste qu'elle était de ne pas voir d'Arabes dans son nouveau village.

 

Souvent, sera évoqué le besoin de beauté de cet homme, le besoin d'harmonie.

Stéphane Olivié-Bisson finira par enfiler le costume, les chaussures, mettant ainsi ses pas dans ceux de Camus.

« Au milieu de l’hiver j’ai découvert en moi un invincible été » écrivit le Prix Nobel de Littérature 1957.
Moi, j'ai découvert au Lucernaire un spectacle qui pendant un peu plus d'une heure nous plonge de façon passionnante dans l'intimité et la pensée d'Albert Camus.
C'est un formidable hommage à un géant de la littérature.
Un hommage non pas servile, non pas flagorneur, mais une déclaration d'amour on ne peut plus sincère à l'un de nos plus grands écrivains.

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