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De la cour au jardin

Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

De la sexualité des orchidées

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Décidément, il y a une folie belge !

Régulièrement, la Wallonie exporte dans notre hexagone des artistes qui viennent y faire souffler un vent de fantaisie, de burlesque et d'humour ravageur...
Comme par exemple Christian Hecq, Gelück, la Charline Vanœnacker, Elliot Jennicot...

Et Sofia Teillet !


La comédienne a élu domicile au Centre Wallonie-Bruxelles, rue Quincampoix, afin de nous instruire quant à un sujet trop passé sous silence : la sexualité des orchidées !

La conférencière nous attend derrière un petit bureau, derrière un Macbook prêt à nous délivrer son pédagogique Powerpoint.

Elle est à jardin... Normal...

Ensemble strict noir, escarpins assortis, petites lunettes...

Une maîtresse de conférence comme on en connaît tant.

Et puis, elle se lève, jauge attentivement la salle, fixe les spectateurs qui s'installent, adresse des petits sourires à quelques-uns...

Nous comprendrons à la fin de spectacle pourquoi ce regard perçant et acéré sur la salle...

Nous allons assister à un brillant spectacle, d'une grande érudition et surtout d'un humour qui va déclencher une quantité impressionnantes de rires, voire de fou-rires, de la part du public qui va se passionner pour un sujet dont il ignorait totalement les tenants et les aboutissants en entrant dans la salle. (C'était mon cas personnel, il me faut bien l'avouer...)

Melle Telliet va nous délivrer la bonne parole scientifique, en incarnant ce personnage décalé, parfois surréaliste, burlesque, loufoque, qui va s'enflammer sur son sujet.

Durant une heure, la comédienne va en effet vibrer, se passionner pour ce qu'elle raconte, en ayant bien conscience que la fleur dont elle va parler, c'est celle que l'on trouve « en promo chez Monoprix et dans les chiottes des restaurants japonais. »

Elle a du métier, Sofia Telliet.
Elle nous dit un texte parfois ardu, toujours vérifié scientifiquement, un texte qu'elle rend non seulement passionnant, mais très souvent on ne peut plus drôle.
Ses ruptures, ses décalages, ses sous-entendus, sa façon de buter sur certains mots, de laisser en suspens certaines phrases d'un air entendu, ses analogies et métaphores, tout ceci relève d'une réelle cocasserie.

Avec un vrai sens des formules !
Pas gagné de réussir à placer dans un spectacle :  « Il est possible qu'un bout de jambon nous bouche le conduit ! ».
Elle y parvient ! Et nous de hurler de rire !

Au sortir de la salle, nous n'ignorerons plus rien de certains aspects passionnants de l'évolution animale et végétale, comme par exemple le lancer de cailloux voici treize millions d'années, la différence entre le tyrannosaure et l'orchidée, les dangers de l'aurofécondation, les trois buts d'une vie réussie ou encore l'utilité du vomi du poussin-goëland des Galapagos.

Et puis, elle ne fait pas que raconter.
Elle mime les choses, les actions principales, elle adopte des gestuelles et des attitudes hilarantes, elle imite les fleurs, les insectes. Elle se penche souvent en avant, pour nous témoigner de la passion de son personnage !
Elle dépense ainsi beaucoup d'énergie !

Autre point jubilatoire : elle s'identifie aux créatures qu'elle présente. « L'insecte va NOUS féconder ». Ce NOUS relève d'un anthropomorphisme qui renforce encore un peu plus l'humour ambiant.

La fin du spectacle va nous proposer une vraie réflexion.

Tout va partir de la baudroie abyssale, un poisson qui vit à 3000 mètres de fond, avec une pression pas possible sur la tête, et par grand choses à boulotter.

Elle l'imite, cette rascasse des profondeurs, monte même sur son bureau. Ses mimiques sont épatantes...

Elle va tirer de ce mode de vie et la façon de se reproduire, une assez vertigineuse réflexion sur notre point commun avec la fleur, à savoir la dimension du « vivant », sur notre place dans la nature, sur ce qui nous relie les uns aux autres en tant qu'espèce humaine.
Un vrai message philosophique se dégage alors.

Du rapport qui s'installe entre Mme et M. Baudroies abyssaux, Melle Teillet va tirer une extrapolation sur la relation salle / artiste, sur les rapports et interactions entre un public de spectateurs et ce qui se passe sur un plateau.
Comme tout ceci est intelligent et pertinent !

Au final, ce brillant spectacle (je me répète volontairement), qui allie science et humour, biologie et la plus débridée des fantaisies, est de ceux qui vous font vous sentir plus intelligents après l'avoir vu !

Et de ceux qui passent beaucoup trop vite !
 

Sofia Teillet se produira en novembre prochain à l'Etoile du Nord, et en février 2021 au 104.
Comptez sur moi pour vous le rappeler !

Ah ! J'allais oublier ! Une pensée émue pour Melle Vincent !

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