Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

De la cour au jardin

Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Une vie de Gérard en Occident

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

On ira, où tu voudras (A Saint-Jean-Des-Oies), quand tu voudras (Vous avez jusqu'au 27 septembre prochain...)


Comment ! Vous ne connaissez pas Saint-Jean-Des-Oies ?
Enfin ! Mais si ! Saint-Jean-Des-Oies ! En Vendée, dans le 8-5) !
Sa boulangerie-pâtisserie à la si réputée gâche au beurre, son église du XVème siècle, au retable qui figure dans le Le guide du Routard local !
Et sa célèbre salle des fêtes !

Gérard Airaudeau connaît bien, le coin, lui. C'est un autochtone, un indigène du bocage !
Il habite d'ailleurs le troquet tenu jadis par son grand-père ! C'est vous dire sa propension au nomadisme !

C'est lui que nous voyons arriver dans cette salle des fêtes, tenant à bout de bras un cageot rempli d'un cubi de « Réveil du terroir », de gobelets en carton, de chips et autres amuse-gueule.

 

Dame ! C'est qu'il attend la députée locale, qui lui a demandé de rencontrer de « vrais gens ».
Nous allons l'attendre avec lui, elle doit être en marche...

 

Alors, forcément, pour patienter ensemble, Gérard va nous raconter son histoire.

Tel est le point de départ du roman de François Beaune, dont a été tirée cette adaptation théâtrale, après un "passage au gueuloir" par le comédien Gérard Potier.


Gérard Aireaudeau, c'est lui. C'est Gérard Potier.

Ce griot, ce raconteur, ce diseur.

Ce rapporteur extraordinaire de l'ordinaire, ce metteur en avant de la poésie du quotidien des vrais gens, cet exhausteur des saveurs locales.

Gérard Potier, ce petit bonhomme aux yeux tour à tour pétillants, malicieux, tristes ou résignés, va nous embarquer dans les méandres d'une vie.
La vie du héros-anti-héros qu'il incarne.

Durant une heure et dix minutes, ce qu'il va nous dire va nous passionner.
Oui, cette vie-là, qui se confond avec l'histoire contemporaine et politique de notre pays, cette vie-là ne peut pas laisser indifférent.

Il va nous raconter le quotidien, petit et grand, avec des détails qui ne peuvent pas être inventés. Le sous-sol/salle à manger vendéen, ça sent vraiment le vécu !

Les personnages qu'il nous présente, Dédé, Boris, Alain et consorts, ils ont eu un modèle vivant, c'est certain !

Il nous fait rire, Gérard Potier. Les anecdotes sont savoureuses, les portraits sont très réussis, les situations sont parfois très cocasses. (Le roller-derby féminin n'a quasiment plus de secrets pour moi...)

Il nous émeut, également. Beaucoup. Notamment dans les dernières scènes.

Mais il y a beaucoup plus.

Cette chronique populaire, « prolétarienne », pour reprendre un terme du registre marxiste de la lutte des classes, va déboucher sur une analyse de mécanismes sociaux et économiques qui montrent le désarroi et l'impuissance de ces « vrais gens » face au capitalisme sauvage.

Ce personnage a connu les désastres de l'actionnariat ouvrier chez le constructeur naval Bénéteau (combien d'ouvriers ont été ruinés après avoir investi leurs économies...), il a subi les plans sociaux chez une entreprise locale, où les employés vivent dans la terreur de l'annonce de la prochaine charrette.

Tout ceci, il nous le dit, tout en simplicité et en force.
Il nous le montre, également, au moyens des gobelets en carton, dans une scène judicieuse et très réussie.

Mais les Gérard (personnage et comédien) nous démontrent aussi que les choses sont plus compliquées et moins manichéennes : à l'Ile d'Yeu, certains avaient pas mal de sympathie pour le dénommé Philippe Pétain.
Plus tard, certains ouvriers du coin, face aux licenciements, se réclament ouvertement de la préférence nationale.
« Les choses enfouies remontent ! », est-il obligé de reconnaître.

Ce moment de théâtre est passionnant.
Parce que la chronique qui est racontée, et la façon dont elle est narrée sont passionnantes.
Et ce, grâce à l'auteur, François Beaune et grâce au comédien Gérard Potier, qui tous deux ont su tirer de ce quotidien en apparence banal et ordinaire, une quintessence quasi-sociologique.

Ces « vrais gens » deviennent des héros, un peu comme dans l'émission-culte Strip-tease.

Ces « gens de peu » nous apprennent finalement beaucoup sur nous-mêmes, sur notre société.

Il faut aller au théâtre de Belleville assister à cette fascinante chanson de geste de tous les jours, à ce très beau livre des petites et grandes heures du quotidien.

J'allais oublier. Pensez juste après avoir réservé votre place à réviser sérieusement le répertoire d'un certain Joe Dassin. Ca pourra servir !

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article