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De la cour au jardin

Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

J'aurais aimé savoir ce que ça fait d'être libre

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

« Vous connaissez Nina Simone ? », nous demande Chloé Lacan.
« Si vous ne la connaissez pas, vous pouvez rester, c'est pas grave... »

Encore une énième pièce consacrée à Nina Simone, me direz-vous ?
Eh bien non !
Chloé Lacan nous propose un spectacle consacré à... Chloé Lacan.

Melle Lacan, ado, qui va rencontrer une voix, dans les années 80.
Une voix de colère, une voix « au couteau », nous dit-elle, qui va la marquer à jamais, qui va résonner encore et encore, toujours.


Parce qu'il est des voix comme ça. Vous les entendez, et elles s'imposent à vous.
Une voix d'artiste, mais peut-être et surtout, la voix d'une femme qui montre le chemin à ses sœurs en humanité.

Une voix qui dira la colère, la rage, le refus de tout accepter, mais aussi la voix qui dira également l'état amoureux, cet état qui peut conduire à toutes les concessions, quitte à les regretter ensuite.

 

Chloé Lacan nous confesse tout d'abord avoir été une enfant parfaite, une enfant propre à deviner ce que les adultes en général et la famille en particulier attendaient d'elle.
Une enfant-terreau prête à voir grandir en elle et prendre à son compte le désir de liberté de Miss Simone.

C'est véritablement ce passage de l'enfance à l'adolescence qui constitue un fil directeur important de ce spectacle.

La comédienne qui se tient devant nous est avant tout une musicienne, une chanteuse.
Ce spectacle-concert mélangera des titres de son répertoire et ceux de celle qui compte tellement à ses yeux.

Elle commence a capella, avec une magnifique et poignante complainte.
« D'aussi loin qu'il m'en souvienne,
Nous étions plein dans ce corps-là.
La garce, la sainte, la vilaine...
 »

Tout au long de la pièce qui nous décrira les passerelles existant entre les deux femmes, et surtout ce que la deuxième, Chloé, doit à la première, Nina, cinq actes seront articulés autour de cinq mots qui apparaîtront « physiquement » sur scène de façon judicieuse et inattendue.

Des mots qui seront nécessaires pour fixer le cadre dans lequel les chansons des deux artistes interviendront.

Des mots qui nous rappellent beaucoup d'éléments biographiques de celle à qui l'homme blanc refusa la qualité de première pianiste concertiste classique noire.


Chloé Lacan n'est pas seule sur la scène du théâtre de Belleville.
Un deuxième musicien, poly-instrumentiste, en l'occurrence Nicoles Cloche, (aux chant, piano, batterie, ukulélé et aux arrangements) se tiendra à ses côtés.

Le duo, mis en scène Nelson Rafaell Madel, fonctionne à la perfection. Il faut dire qu'ils jouent souvent ensemble, partageant le même amour et la même conception de la chose musicale, du jeu, de la théâtralité.
La complicité artistique est très vite palpable.

Nicolas Cloche est beaucoup plus qu'un accompagnateur.

Nous avons devant nous deux musiciens qui nous procurent bien des émotions, notamment dans une sublime version accordéon-piano-voix de Sinnerman.
Le public n'en mène alors pas large. Des frissons parcourent les échines...

Les titres de Nina Simone sont arrangés de façon tout à fait personnelle et tout à fait réussie pour les deux artistes, qui donnent également une vraie dimension physique renforçant le coté viscéral des paroles, en se servant parfois de leur corps comme percussions.

J'ai redécouvert notamment My baby just Cares for me, avec une version mettant en avant les qualités rythmiques et harmoniques de l'une des chansons les plus connues de Miss Simone.

Ce spectacle nous permet de comprendre en finesse combien une artiste peut marquer, peut influencer une jeune femme dans toute sa personnalité, humaine et artistique.
Une artiste dont la voix montre la voie.

C'est un très beau moment musical et dramaturgique qui vous attend au théâtre de Belleville.

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