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De la cour au jardin

Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Transmission

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Mes bien chers frères, mes bien chères sœurs, pour Marc Dolson, la chaire ne doit pas être faible !

Pour ce jeune diacre du séminaire Saint-François, la chaire, cette tribune du prédicateur, est un endroit où la parole du Christ doit être relayée de façon intransigeante, sans compromis, en phase avec le Siècle, et surtout empreinte de la plus pure des vérités.


Tout le contraire de la conception du père Farley, un prêtre aguerri, jovial, partisan du compromis et des petits arrangements avec la vérité, chez qui le jeune homme est envoyé par Mgr Burke afin de prendre des cours de « bonne parole ».
Une transmission des valeurs « officielles » et des « bons » comportements sacerdotaux prônées par la hiérarchie catholique.

Cette pièce de Bill C. Davis, créée en France en 1996 par Jean Piat et Francis Lalanne sous le titre « Affrontement », dans une mise en scène de Stéphane Hillel fut reprise au Rive-gauche en 2013 par Francis Huster et Davy Sardou, mise en scène de Steve Suissa.

Nous retrouvons donc en 2020 MM Huster et Suissa, avec cette fois-ci le moliérisé 2019 Valentin de Carbonnières.

Davy Sardou a quant a lui fourni une traduction actualisée.

Le nouveau titre « Transmission » n'est pas là par hasard.
Si nous retrouvons évidemment la confrontation entre le prêtre et le diacre, l'accent est véritablement mis sur la nécessité pour l'Eglise d'envisager une transmission du dogme avec la prise en compte des enjeux sociétaux modernes, avec notamment la place des femmes et le regard porté sur l'homosexualité.

De ce point de vue, la pièce n'a jamais résonné aussi fort qu'actuellement.

Le couple Huster-de Carbonnières fonctionne. (J'allais écrire « du feu de Dieu », mais je me suis retenu à temps...)
Ici, l'accent est mis d'emblée sur ce qui sépare les deux hommes.

Les différences portant sur les codes vestimentaires, les registres de langue et les conceptions philosophiques sont formidablement mises en valeur par le metteur en scène. Je vous laisse découvrir.

Les deux comédiens évoluent dans une sobre mais efficace scénographie, avec deux espaces bien distincts : l'église de la paroisse, avec l'imposante croix lumineuse, le lutrin en plexiglas et la réverbération des voûtes en pierre, et puis le bureau-bibliothèque du père Farley.

Chaque tableau est séparé par un noir-plateau permettant la transition entre ces deux lieux.

Nous allons beaucoup rire.
Francis Huster va déployer une sacrée vis comica !
Que ce soit en prêtre jovial surjouant ses homélies devant ses ouailles ou en prof de sermon et de confession, il est souvent hilarant. (J'en veux pour preuve le fou-rire qui s'est emparé de son partenaire hier soir.)
Ses ruptures, ses changements soudain d'intonations, ses double-takes dont un, véritablement magistral, ses regards étonnés, sidérés, son imitation de l'évêque, tout ceci fait diablement fonctionner les zygomatiques des spectateurs.
Sans oublier ses échanges téléphoniques qui sont drôlissimes.

Il nous permet également de nous poser la question du jeu de l'acteur devant son public, qui ressemble fort au « jeu » du prêtre devant son auditoire.
Le rapport à la vérité, à la justesse des émotions délivrées, est inévitablement mis en parallèle.

Valentin de Carbonnières, est lui aussi excellent dans le rôle de ce jeune homme écorché vif, sans compromis.
Il existe pleinement face à son aîné, faisant beaucoup plus que lui donner simplement la réplique.

La mise en scène de Steve Suissa est toute en rigueur et précision. Il s'est attaché à soigner le rapport intensité du jeu / distance séparant les comédiens, les faisant investir totalement le plateau, ou se rapprochant parfois violemment.
Il faut aussi penser à regarder le comédien qui ne parle pas et qui écoute l'autre. Ceci est également riche d'enseignements.

Dans les dernières minutes, les deux comédiens deviendront très émouvants. Le rire se change alors en bouleversante émotion. Et non, vous n'en saurez pas plus !

C'est donc un très beau moment qui vous attend au théâtre Hébertot.
Un spectacle d'une réjouissante intensité !

Ite, critica est !

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