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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Béjart fête Maurice

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

La grâce, la beauté, la perfection du geste dansé se sont donné rendez-vous au Palais des Congrès.
Gil Roman, Directeur artistique du Béjart Ballet Lausanne, celui que l'immense Maurice avait choisi en 2007 pour lui succéder, Gil Roman célèbre son père spirituel.

Un hommage au danseur, au créateur, au chorégraphe. Deux heures trente festives, magnifiques pour dire, redire encore et toujours combien Béjart a marqué à jamais le monde de la danse.

Trois parties vont composer le programme.

Tout d'abord un ballet signé Gil Roman, t'M et variations.
On devine à quoi correspond l'initiale M.
Tous les pas lui sont adressés, à ce M, le fondateur de la compagnie.

Sur la scène deux percussionnistes, jB Meier et Thierry Hochstätter, ont composé douze variations, pour claviers et diverses percussions, sur lesquels les membres de la compagnie vont danser.
Immédiatement, dès les premiers pas de deux, une intense émotion saisit le public.

La beauté. Ce que nous voyons est d'une incomparable beauté.


Les pas de deux, de trois, de cinq, les portés, les soli, les ensembles, les rondes se succèdent dans un magnifique tourbillon visuel et musical.
Des moments parfois oniriques ou violents, drôles (les chaussons de danse sur la tête...) ou plus graves nous rappellent l'excellence dont est capable le corps humain en matière de danse.

Le chorégraphe Gil Roman a mis en forme des tableaux où ses outils, ses pinceaux et ses brosses sont les corps des danseurs, à qui il a beaucoup demandé.
L'impression de facilité qui se dégage de tout ceci ne doit jamais faire oublier les heures quotidiennes à la barre, au miroir...
La technique qui produit l'excellence.

J'avais les yeux écarquillés en permanence.

Après l'entracte, Gil Roman, avec la pièce qui a donné son titre au spectacle, nous convie à une autre fête.
En quelques tableaux, il nous montre l'héritage que nous devons à Béjart, tout ce qui continue à vivre au sein de la compagnie.

Une succession de pas de deux inventés par le fondateur du ballet vont nous être remis en mémoire, pour la plupart.
Ces pas, certains très brefs, d'autres au contraire plus longs, seront réunis dans une pièce durant environ une demi-heure, avec huit parties musicales, allant de Beethoven à la musique traditionnelle du Tchad, en passant par Rossini, Webern, Strauss, ou encore une mélodie populaire juive.

Et Gil Roman de nous rappeler que ce qui caractérise avant tout Béjart, c'est de ne pas « enfermer le danseur dans un style ou dans un système chorégraphique, mais au contraire, le libérer ».
L'émotion découle d'une suite d'actions à exécuter. Un texte d'actions simples, précise-t-il, et le seul lien entre elles, c'est le danseur. « C'est cela son écriture, son génie ».

Nous, nous nous laissons embarquer par ces jeunes femmes et jeunes hommes qui semblent ne pas toucher le plateau.
Les corps qui volent, qui défient en permanence la pesanteur.

Et puis voici la troisième partie, tellement attendue.
Des techniciens apportent la fameuse petite scène surélevée rouge.
Les danseurs entrent sur le plateau avec chacun leur chaise au piétement de la même couleur.


Le boléro.

Ce ballet, créé le 10 janvier 1961 au théâtre royal de la Monnaie, à Bruxelles, est bien entendu la chorégraphie la plus célèbre de Maurice Béjart.
Elle a connu plusieurs variantes.

Créé pour la soliste Duska Sifnios, l'œuvre fut notamment dansée par Jorge Donn. (Les amateurs de Lelouch connaissant bien la fin du film « Les uns et les autres ».)

Ici, c'est la version dans laquelle la mélodie est à nouveau dansée par une femme et le rythme par dix-huit garçons torse nu.
Elisabet Ros, par ailleurs directrice artistique adjointe de la compagnie, est merveilleuse, dans ce rôle difficile et exigeant.

Ici, l'enjeu est bien entendu de « coller » à la progression de Ravel.
Si la pulsation et le rythme restent identiques, l'entrée progressive des instruments fournit la progression chorégraphique.

Et toujours cette impression que personne ne pourra plus jamais danser autrement ce célébrissime boléro.

Un tonnerre d'applaudissements viendra saluer cette chorégraphie mythique.

Vous aussi, venez donc participer à cette fête de la danse.
Une fête des corps, une fête du mouvement sublimé, exacerbé.
Une fête sensuelle et merveilleuse.

Une fête du temps présent.

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