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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

La chute des anges

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Mais qui est-il ce personnage, descendant des cintres, assis sur sa structure en aluminium ?
Mais qui est cet étrange individu, fasciné par la lumière, et qu'un projecteur va attirer à lui tel un sombre papillon de nuit voletant autour d'un puissant photophore ?


Un ange.
Un ange de la nuit, déchu, arrivant sur la terre ferme, rejoignant ainsi deux autres séraphins en pardessus noir.


Ces trois-là n'auront de cesse de tenter une vaine ascension, afin de rejoindre leur ciel.
Hélas, bien que suspendus à une sorte de câble, et malgré tous leurs efforts, ils ne pourront s'élever de plus d'un mètre de hauteur. La pesanteur sera trop forte.


Le thème de ce spectacle est posé. Le propos est annoncé.
Sept anges, dont la chute semble inéluctable, devront employer bien des moyens pour retrouver leur condition céleste et première.


Raphaëlle Boitel, qui a intégré en 1992 l'Ecole Nationale des Arts du Cirque Annie Fratellini, a mis en scène et chorégraphié ce fascinant spectacle, qui mêle arts du cirque, danse, mime et théâtre.
La fondatrice de la Compagnie L'oubliée a développé un véritable langage artistique, imbriquant judicieusement toutes ces disciplines.

Les sept circassiens, (Marie Tribouilloy, Clara Henry, Loïc Leviel, Emily Zuckerman, Lilou Hérin, Tristan Baudoin et Nicolas Lourdelle), tous plus virtuoses les uns que les autres, vont se livrer à de multiples acrobaties, portés, numéros de cirque, ballets, tous plus ou moins axés sur le concept de verticalité.
La dimension verticale tient en effet une place prépondérante.
A ce sujet, l'époustouflant numéro de mât oscillant, provoque bien des frissons !

Le mélange, la juxtaposition de toutes ces formes d'art provoque un émerveillement permanent.
Il se dégage de tout ceci une véritable poésie du geste, de la chose chorégraphiée et dansée.
Nous ne sommes pas dans une succession pure et simple de scènes, mais plutôt dans une véritable trame narrative, avec un scénario comportant de multiples et vrais développements.

Les sept humains côtoient d'autres créatures, gigantesques, qui nous sont dévoilées au fur et à mesure. (Ne comptez donc pas sur moi pour vous les décrire.)
Ces créatures-là sont manipulées par les artistes eux-mêmes, qui leur donnent vie au moyen de câbles.
Il y a également une dimension art de la marionnette, dans ce spectacle, qui donne à cette heure et vingt minutes un petit côté artisanal.


Ici, pas de servo-moteurs, pas de machineries compliquées. C'est la main des artistes qui fait tout.
Y compris animer les différents agrés utillisés.
Parfois même, les personnages se transformeront eux-mêmes en marionnettes.

Par moments, nous rions beaucoup.
Des situations surréalistes provoquent l'hilarité, comme notamment ces scènes très burlesques mettant en jeu des onomatopées récurrentes.
Le démontage-remontage de l'une des créatures sus-nommées est également un grand moment !

Un dernier numéro viendra boucler la boucle.
Sur la structure métallique du début de spectacle, faite de tubes en aluminium, une jeune femme (oui, ici les anges ont un sexe) exécutera des acrobaties étonnantes.
Je vous prie de croire que dans la salle, nous autres spectateurs n'en menons pas large.

La très belle création sonore et musicale d'Arthur Bison, à base de boucles itératives, accentue la dimension poétique et parfois surréaliste du propos artistique.
Les lumières blanches et vives de Tristan Baudoin, souvent latérales, confèrent au spectacle une dimension « noir et blanc » des films muets d'antan.

Je vous conseille vivement ce spectacle très original, fascinant et passionnant, créé en 2018, et qui tourne actuellement dans toute la France.

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