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Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

B. Traven

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Mexico, Mexi-iiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii-co !
Le Mexique.
Point de convergence, point commun, point de non-retour (aussi et parfois) des personnages de cette pièce, à savoir notamment Glenda et Lester, respectivement journaliste et caméraman américains en 1977, Léon Trotski en 1917, le scénariste Dalton Trumbo en 1947 ou encore Olivier, ce squatteur voulant s'engager auprès du Sous-Commandant Marcos en 1994.

Tout ce petit monde aura un rapport ou va participer d'une manière ou une autre à une enquête, une « chasse à l'homme », le  mystérieux B. Traven. Nous y voilà !

B. Traven, né Otto Feige, était un écrivain libertaire de langue allemande, un auteur mystérieux qui connut la célébrité avec plusieurs romans cultes, dont le célébrissime « Trésor de la Sierra-Madre », qu'adapta pour le grand écran John Huston.

Un écrivain qui érigea la fuite de toute médiatisation en une véritable revendication politique : échapper à toute identification et à toute récupération. Un homme qui ne cessa de dissimuler et de brouiller son identité.

Frédéric Sonntag ne pouvait qu'être fasciné par ce B. Traven.
Le dramature interroge en permanence ce thème de l'identité, celle que l'on tait, celle que l'on cache, celle qui demeure un mystère, une énigme.
L'identité, ou le vrai visage qui se cache derrière un nom.

« B. Traven » (créée en 2018) est en effet le dernier opus de sa « Trilogie fantôme » commencée avec « George Kaplan » et « Benjamin Walter ».
Trois personnages qui ne sont jamais présents physiquement sur la scène, mais qui sont le fil rouge de la narration et de la dramaturgie.

Durant deux heures et quarante minutes, le dramaturge, avec une réelle virtuosité, avec également une érudition qui force le respect, Frédéric Sonntag va donc entremêler époques, Histoire avec un grand H, parcours intimes ou destinées personnelles.

Dans un rythme haletant, dans un montage de scènes totalement maîtrisé, dans une imbrication permanente de schémas narratifs, nous allons être embarqués dans un vertigineux maelström.

Nous ne sommes jamais perdus, nous savons en permanence non seulement qui se trouve devant nous, mais également à quelle époque nous nous situons et dans quels lieux.
Des sur-titres nous aident, évidemment, mais la dramaturgie et la scénographie relèvent d'une telle habileté qu'on pourrait sûrement s'en passer.

Cette pièce, prolonge le questionnement identitaire comme un moyen de lutte contre le capitalisme, le culte de l'argent-roi, et va rappeler cette volonté de domination d'un peuple notamment par le biais de l'introduction par la CIA de la marque Coca-Cola au Mexique, avec pour objectif « l'appauvrissement humain » par l'absorption massive de sucre.
La démonstration est imparable. N'est-ce pas, M. Le Lay, ex-Patron de TF1 ?
Seront évoquées également la crise des subprime et le scandale Lehman-Brothers.

Les huit comédiens de la compagnie AsaNIsiMAsa vont déployer une énergie folle à incarner la multitude de personnages de la pièce.
Tous se donnent sans compter, il n'y a aucun petit rôle, l'esprit de troupe est en permanence présent sur le plateau.

De plus, ce sont eux qui vont assurer les changements de décor millimétrés, très rapides et ô combien étonnants. Des décors très réussis, très années 70.
C'est bien simple, j'ai eu l'impression d'assister à des sortes de fondus-enchaînés entre différentes scènes, souvent très courtes.

Nous rions tout au long des cent soixante minutes. Le personnage de Lester est drôle, très drôle.
Des scènes de comédie émaillent la pièce, avec notamment un passage relatif au café produit au Chiapas, ou encore une scène de doublage en direct de films. C'est hilarant.

La musique live assurée par un batteur-contrebassiste et un guitariste-claviériste renforce ce façon judicieuse le caractère prenant et viscéral de la pièce.

Au final, j'ai assisté à un brillant spectacle, foisonnant, luxuriant et haletant. Les deux heures et quarante minutes passent à une vitesse folle.

Une pièce d'une grande habileté stylistique et scénographique, totalement maîtrisée. Le fond le dispute à la forme, et réciproquement.

Cette très ambitieuse entreprise artistique relève de la plus totale des réussites !

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A la sortie du spectacle, de très jeunes élèves du Lycée Rosa Parks de Montgeron discutaient devant moi avec force arguments on ne peut plus pertinents les uns que les autres de la pièce, "oubliant" de rallumer leur téléphone portable.
C'est évidemment un signe qui ne trompe pas !

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