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L'effort d'être spectateur

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

« Hamlet, ça vous dit quelque chose ?
Shakespeare, ça va ?
 »
Voici en quels termes s'adresse à nous Pierre Notte !


Ca devait bien arriver un jour !
L'auteur-compositeur-metteur-en-scène-comédien, ex-animateur-journaliste-Secrétaire général de la Comédie Française devait bien un jour nous livrer sur un plateau ses écrits théoriques concernant le théâtre, dans une forme qui tient à la fois de la conférence, du one-man-show, de la performance, d'une rencontre avec son public.

Ses écrits, résultants de prises de paroles tenues ici et là, surtout là, viennent d'être rassemblées au éditions des Solitaires intempestifs, sous le titre qui a évidemment inspiré le titre éponyme du spectacle. Le tout formant son premier ouvrage théorique sur le sujet.
Ces textes , Pierre Notte les a adaptés pur la scène.

Après un petit prologue très drôle, hors plateau, et ce, afin de nous permettre d'être au clair (mais est-ce si certain, finalement ? ) sur ce que nous sommes venus faire dans la Salle Roland Topor du Rond-Point, il entre à la fois dans le vif du sujet et sur la scène-ring où l'attendent notamment un cerceau, un tabouret, un mélodica, un chapeau-claque, un harmonica, des escarpins à paillettes et à talons hauts.
Et surtout, deux gants de boxe rouge vif.

Nous est asséné un étonnant postulat ferme et définitif : un spectateur qui paye sa place au théâtre, est avant tout un homme ou une femme qui vient travailler.

Dans un premier temps, et de façon souvent hilarante, il va nous détailler une sociologie et une approche comportementaliste du spectateur.
Cette espèce d'humains, il la connaît bien.
Il sait de quoi il parle, il en a vus par milliers.

Et puis surtout, lui aussi est un spectateur impénitent.
La relation public-comédien, et réciproquement, il sait de quoi il parle
D'autant qu'il appelle à la rescousse nombre de collègues-auteurs, comme Lagarce, Badiou, Kaplan, Koltès ou encore Cormann ou Genet.
(Un runing-gag épatant pour situer le niveau est souvent réalisé avec le gant de boxe de la main droite.)

Un autre propos de cette heure et dix minutes est aussi d'aborder le travail de l'acteur, de l'auteur, du metteur en scène, des artistes, avec pour prisme cette prodigieuse rencontre dans une salle plus ou moins obscure (et les étranges rapports qui s'en suivent) avec un public.

Le propos de Pierre Notte est passionnant, très documenté, et se base donc sur sa propre fréquentation des théâtres subventionnés ou privés.

Devant nous, se tient une sorte de clown-sociologue pas triste du tout, à la fois très drôle, passionnant, pédagogue et ludique au possible.
On sent en permanence son plaisir, sa jubilation, sa joie de donner un tel spectacle.

Ses yeux bleus rieurs, pétillants, malins, jaugent en permanence la salle, et spécialement hier soir, deux des plus grands comédiens français présents dans la salle.
 

Oui, le rire va être le vecteur de beaucoup d'érudition (je pèse ce substantif ), de recul et de considérations sociologiques très pointues.
De grands moments vont émailler le spectacle comme par exemple le rapport entre Tchekhov et un révolver, la perception de la nudité sur une scène, les grandes catastrophes du répertoire classique exprimées en trois temps (c'est véritablement hilarant ), ou encore les adresses au public ou à un certain Finkielkraut, qui je pense, ne devrait pas se risquer à venir voir le spectacle...

Dans un final très physique, (on comprend alors l'utilité du cerceau), Pierre Notte nous livre un plaidoyer pour son besoin au théâtre de recevoir une histoire, de sentir la délicate et troublante relation entre la vérité, le faux et le mensonge, ainsi que sa volonté de voir jouer les comédiens avec leur trou du cul (je cite, et vous laisse découvrir...).

C'est un spectacle qui rappelle également que le théâtre est un vecteur essentiel du vivre ensemble, et que ce que l'on voit sur scène est pourvoyeur de ponts, de passerelles culturelles et citoyennes.

Il faut absolument aller applaudir la performance de Pierre Notte !
C'est un spectacle qui associe de façon épatante la forme et le fond.

 

Ah ! J'allais oublier !
Durant ces soixante-dix minutes, seront exprimés un certain nombre de calembours, n'est-ce pas Bernard Dort...), d'à-peu-près et autres jeux de mots revendiqués.

Afin de conclure ce papier, je vais personnellement me risquer à en émettre un, parce qu'après tout, il n'y a pas de raison :
Notte ? Je dis Yes !

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