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Dans les forêts de Sibérie

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Si sa cabane à lui est aussi blottie au fond des bois, ce ne sont pas des écureuils qu'on y voit sur le seuil.
Ce serait plutôt des ours !

 

Dans la cabane de l'aventurier de la forêt nous attend l'aventurier des planches.
L'essai de Sylvain Tesson est monté sur un plateau par William Mesguich.
Une rencontre qui va sonner comme une évidence.


En 2011, l'écrivain décide de partir pour six mois sur les berges du lac Baïkal. De février à juillet.
Seul.
Une aventure singulière, une rencontre avec la solitude. Extérieure et peut-être surtout intérieure.
Dans des conditions difficiles.
La température extérieure est de -30 °.
Les plus proches voisins sont pour l'un à 15 kilomètres, l'autre est à une journée de marche.
Couper du bois pour se chauffer, pêcher les ombles pour se nourrir.
Heureusement, les livres et les quelque 25 litres de vodka emportés aideront à tenir le coup. Et même un peu plus...

Cet ouvrage sonne comme de multiples ruptures.
Rompre avec la vie démentielle occidentale, se déshabituer des anciens et futiles besoins, retrouver une liberté d'avoir la main sur sa propre existence, retrouver le temps.


Profiter quand il en est encore temps de la richesse de disposer de la solitude, de l'espace et du silence. « Toutes choses dont manqueront les générations futures », prédit l'auteur...

Tout ceci, je l'ai retrouvé sur le plateau du mythique Théâtre de la Huchette.

Grâce à William Mesguich, moi aussi j'ai eu froid, j'ai été confronté à la solitude sibérienne, j'ai eu envie de vodka, j'ai ressenti l'immensité de la taïga, j'ai tremblé dans la tempête de neige.

Le comédien, dans une absolue vérité, nous transporte là-haut, tout près du cercle polaire.
Il nous transporte également dans l'âme de l'écrivain.


 

Il nous illustre de façon absolument parfaite (et troublante également) le sublime paradoxe du théâtre qui fait croire aux spectateurs à l'incroyable : le transport ailleurs, le transport hors de soi, le transport intérieur, aussi, qui consiste inévitablement dans ce cas de figure à se demander si nous aussi, nous serions capables de vivre cette expérience extrême.

Dans un très beau décor fait de troncs d'arbres au milieu desquels sont enchâssés des livres, William Mesguich m'a une nouvelle fois sidéré par sa capacité à incarner un personnage plongé dans un milieu et une situation très particulière, presque désespérée.

 

Et j'ai repensé à ses prestations passées, dans les Mémoires d'un fou, de Flaubert, ou bien encore dans Le dernier jour d'un condamné, de Hugo.
Ce talent à interpréter un homme face à lui-même dans des moments absolus.
Avoir choisi d'adapter avec Charlotte Escamez et jouer cet homme en pleine tourmente n'est évidemment ni anodin ni fortuit.

Le comédien nous fait partager, et de quelle façon, la langue de Tesson, faite de fulgurances, de métaphores.
Il nous confronte, en étant un si juste et si convaincant ermite, à la réflexion de l'auteur qui dénonce la société moderne si dérisoire, si futile, si attachée à la matérialité.

Il nous fait sourire également, en reprenant les moments humoristiques du texte.

Et puis, il nous touche et nous émeut. Beaucoup. Notamment lors de la scène d'une autre rupture à distance celle-là, très douloureuse, et surtout non désirée, avec laquelle le personnage devra vivre la fin de son séjour.

Je n'aurai garde d'oublier de mentionner la très jolie scénographie de Grégoire Lemoine, qui contribue également à la réussite de l'entreprise artistique, tout comme les belles lumières de Richard Arselin.

C'est un magnifique et magistral moment de théâtre qui vous attend à la Huchette.
Il faut aller voir sur scène un comédien qui vous transporte ailleurs de troublante et enthousiasmante manière.
Il faut aller applaudir William Mesguich !

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