Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Yves Poey - Des critiques, des interviews webradio.

De la cour au jardin

Un jardin de silence

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Encore un énième spectacle consacré à Barbara, me direz-vous ?
Eh bien, non, détrompez-vous, c'est beaucoup plus que cela !


Ce serait un spectacle barré, marrant, carré, doré, baroque !
Ce serait un moment de théâtre musical intelligent, multiple, espiègle, émouvant, foisonnant !


Une heure et dix minutes au cours de laquelle trois artistes (L. , BABX et Thomas Jolly) nous parleraient d'une femme, avant tout, et non pas seulement d'une « simple » chanteuse.
Et quelle femme !


En tout premier lieu, ce serait évidemment L., Raphaële Lannadère, qui nous dépeindrait au cours de ce spectacle musical, la relation qu'elle entretient avec Barbara.


La relation ? Les relations, devrais-je plutôt écrire.
Comment pourrait-il en être autrement ?

Comment pour une jeune artiste, ne pas être en proie à de multiples sentiments envers Barbara, cette artiste majeure, cette femme libre, engagée, fascinante, parfois exaspérante et insupportable.

Ce serait également un spectacle qui nous rappellerait tout ce que nous devons à Barbara.
Tout ce qu'elle nous a laissé.
Les chansons, évidemment, mais surtout une posture, une figure d'artiste intransigeante avec un engagement de tous les instants, notamment à la fin de sa vie, une militante des libertés.
Et par les temps qui courent, cette posture, cette figure-là est ô combien nécessaire...


Et puis peut-être un mot passé de mode, plus guère employé : et si Barbara était un modèle, si son principal legs était de nous forcer à adopter une exigence, une loyauté, une vérité et une cohérence à la fois artistiques et surtout humaines ?

Raphaële Lannadère s'est véritablement approprié les titres qu'elle a choisi de nous chanter. Elle les interprète avec sa voix propre, sans chercher à imiter l'inimitable, avec sa sensibilité, ses tripes. C'est L. qui chante !
C'est une magnifique façon de redécouvrir les textes très ou peu connus.

Thomas Jolly, lui, après s'être attaqué notamment Marivaux, Shakespeare, Cavalli, Kaiser, Offenbach, Sénèque, Thomas Jolly surgit une nouvelle fois là où personne ne l'attendait.
C'est lui qui est l'ordonnateur de cette entreprise si originale.

L'une des grandes réussites de tout ceci, c'est la répartition et l'articulation entre les trois artistes des chansons et des moments parlés (extraits d'interviews, extraits des mémoires de Barbara, sketches...)
Les rôles ne sont pas cloisonnés, même si bien entendu, Melle Lannadère interprète la plupart des titres. Mais les deux autres ne seront pas que le musicien et celui qui parle.

Le metteur en scène, omniprésent, chantera également (et fort bien d'ailleurs... une autre corde à son arc...).

Idem pour BABX, pianiste et « metteur en musique » du spectacle : lui aussi chantera, ou nous dira de bien jolis mots.

Thomas Jolly va nous faire énormément rire, tout d'abord en interprétant un certain ministre de la culture. (Je n'en dis pas plus...)
Puis, ses interprétations d'une certaine vision du métier de journaliste-interviewer sont jubilatoires. La caricature est vraiment excellente.
Ses changements subits de voix, ses accentuations, ses relances, ses regards enamourés, outrés, sont épatants !

Et puis surtout, nous allons très vite retrouver la marque de fabrique du metteur en scène : l'esthétique du spectacle.

Ici, les artistes seront au milieu de lys en matière plastique, de fauteuils et sièges recouverts de velours jaune, de lampes de table années 30, de multiples servantes allumées faisant figure de cierges sur pied...


Sans oublier ce qui constitue peut-être le principal élément : les rayons de lumière, les fins pinceaux lumineux en contre, comme on peut en voir sur ces anciennes images pieuses, auréolant les saints ou les martyrs, et ce, pour notre plus grande édification...

Serions-nous dans une sorte de chapelle laïque à la gloire d'une icône ?


En tout cas, tout ceci relève d'une beauté formelle puissante et très forte, totalement en adéquation avec le propos. Thomas Jolly continue pour notre plus grand bonheur à nous distiller ses univers et ses parti-pris artistiques qui n'appartiennent qu'à lui.

Ce spectacle serait donc un arrêt provisoire d'un chemin intime.
Le chemin d'une jeune artiste avec à ses côtés plus ou moins proches, selon les moments, la figure et l'œuvre de la grande Dame brune.
Une jeune femme musicienne, qui aurait demandé à deux potes de rester avec elle sur une scène pour faire partager à des spectateurs ce que Barbara lui avait déjà apporté.

 

Un fascinant spectacle musical hors-normes !

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article