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Samia

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

« A 17 ans, on n'a peur de rien. Surtout, lorsqu'on vient de Mogadiscio. »
Mogadiscio. Somalie. La corne de l'Afrique.
La famine, la pauvreté, le chaos qui touchent dans les années 2000 plus de deux millions d'habitants.

 

Un chaos organisé, contrôlé par les « seigneurs de guerre » jusqu'en 2006, date à laquelle des islamistes prennent le contrôle de la capitale, qu'ils dirigent sous le nom d'Union des tribunaux islamiques.
Un régime très dur, notamment envers les femmes. Encore et toujours, les femmes premières victimes du fondamentalisme.


La pièce de Gilbert Ponté nous raconte le destin de l'une de ces jeunes somaliennes.
Samia Yusuf Omar.
Une histoire tragique et vraie.
Samia est une athlète, une sprinteuse qui en dépit de la misère, des conditions épouvantables d'entraînement, participera aux Jeux olympiques d'été de Pékin, en 2008.
C'est l'équipe du Soudan qui lui donnera une paire de chaussures de sport, trop grandes de deux pointures.

De retour à Mogadiscio, elle décidera de tout quitter et de tenter d'émigrer en Europe, via le désert du Soudan et la Méditerranée. Comme des centaines de milliers d'êtres humains.
Cette course-là, elle ne la terminera pas...

Malyka R. Johany, mise en scène par Steve Suissa, incarne cette jeune femme.
De façon bouleversante.

Ce que nous donne la jeune comédienne est d'une force, d'une puissance remarquables. Et souvent d'une vraie drôlerie. Parce que malgré tout, des traits humoristiques pointent de cette tragédie,
De l'interprétation de Mademoiselle Johany se dégagent une fraîcheur, un charisme et une vraie grâce.

Les spectateurs croient immédiatement au personnage.
La comédienne apparaît pieds nus, en T-shirt blanc et pantacourt noir de sport. Elle chante une très belle complainte du pays.
Elle est véritablement Samia.

Une justesse sans faille et un engagement total vont nous bouleverser.
A mesure qu'elle nous déroule l'histoire tragique de la sportive, la comédienne nous montre la souffrance. Sportive et humaine.

Elle va nous faire comprendre.

Nous voyons évidemment à la télévision, ces bateaux de migrants dans lesquels se serrent des hommes, des femmes, des enfants qui ont choisi de partir.
Des gens qui ne sont pas certaines d'arriver à bon port, notamment à Lampedusa.

Gilbert Ponté, l'auteur, Steve Suissa, le metteur en scène et Malika R. Johany nous font comprendre que derrière ces « migrants », on trouve avant tout des êtres humains.
Des êtres humains qui n'ont d'autre choix que de quitter leur pays devenu hostile, en proie à la guerre, la misère.
Des êtres humains qui sont tout sauf anonymes.

Steve Suissa met en scène la pièce avec l'efficacité qu'on lui connaît.

 

Il a repris très judicieusement le principe du réalisateur Brian de Palma, qui consiste à dilater les temps de récit très courts.
C'est ainsi que la course de Samia, ainsi qu'un autre moment se dérouleront au ralenti. Nous saisirons ainsi les difficultés d'être une athlète somalienne en 2008, et surtout d'être une athlète-femme.

 

De plus, le metteur en scène va s'appuyer sur des pans de tissus de différentes couleurs, avec lesquels la comédienne va se faire des costumes traditionnels.
Ainsi qu'une sorte de Burqa...

Le dernier voile est de couleur claire... Ce sera un linceul.

Une fois la lumière revenue après le noir final, les applaudissements nourris et très sonores éclatent, les Bravi fusent !

Il est des pièces coup de poing.
Celle-ci en est une.
Une pièce coup de pied, même, en l'occurrence.

Ces soixante-dix minutes nous confrontent à une terrible réalité.
C'est également l'une des fonctions du théâtre que de décrire le monde tel qu'il ne va pas.
Voici un magnifique et bouleversant spectacle nécessaire dont on ne sort pas indemne.

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