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La famille Ortiz

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Et si l'un de mes héros littéraires, Marcel Pagnol, s'était réincarné dans la personne de Jean-Philippe Daguerre ?
J'ai retrouvé au théâtre Rive-Gauche le souffle épique, l'humour, les émotions vraies, sans afféterie, sans pathos de mauvais aloi des œuvres théâtrales que le père de Fanny, Marius, César et tous les autres nous a léguées.


Jean-Philippe Daguerre, l'auteur moliérisé pour sa pièce Adieu M. Haffman, a écrit et mis en scène l'une de ces tragi-comédies du Sud, (du Sud-Ouest, certes, mais du sud quand même), l'une des ces pièces populaires au sens noble du terme, dans laquelle des personnages hauts en couleur, attachants au possible, des personnages qu'on n'oublie plus après les avoir rencontrés nous amusent et nous émeuvent.

Une famille. Les Ortiz.
Une sacrée famille.

Une famille reniée, passée sous silence par l'un de ses membres, expatrié au Japon.
C'est d'ailleurs au pays du soleil levant que démarre la pièce.
Cet homme, qui a confié à sa femme rencontrée à Tokyo qu'il était fils unique, cet homme est confronté à son mensonge : son frère sonne à la porte.

Pierre va devoir s'expliquer : il lui faut avouer qu'il a quitté sa famille, restée là-bas, du côté de Bordeaux.
Il raconte à Claire, et par là-même à nous autres spectateurs, les raisons de sa décision.
Il nous présente ses parents, sa fratrie. Les quatre autres Ortiz.


Le couple n'aura d'autre choix que de retourner en Aquitaine.
Parce qu'il est des moments où un homme confronté à son passé, rattrapé par un drame familial, se doit de faire marche arrière.

La construction de la pièce est d'une très grande habileté.
L'exposition japonaise, assez tendue, dans laquelle nous sommes immédiatement absorbés par l'intrigue, précède la succulente description de cette famille, ainsi que la mise en place de la mécanique dramatique.
Et puis ce sera le retour au bercail et l'explication finale, qui va tous nous bouleverser.
Des moments très drôles et d'autres, bouleversants, vont alterner.

Il n'y aura pas de personnage secondaire. Tous sont minutieusement décrits et présentés, tous nous deviennent très rapidement attachants.

Pierre et Claire, bien entendu, et puis Miguel, le père imposant, toréro de son état, Marie, la mère infirmière qui va beaucoup nous émouvoir, sans oublier Lino et Ali, les deux remuants jumeaux.

J'ai retrouvé pour mon plus grand bonheur les membres de la compagnie Le grenier de Babouchka.
La distribution est excellente.
Le couple Stéphane Dauch - Charlotte Matzneff, Bernard Malka et Isabelle De Botton, les parents, et puis Antoine Guiraud et Kamel Isker, les deux jumeaux, sont tous parfaits.

C'est une vraie troupe, qui joue devant nous. Tous se connaissent bien, et l'on ressent, nous autres dans la salle, cet esprit de compagnie, cette connivence, cette complicité.
C'est toujours l'un des points forts des entreprises « daguerriennes »...


La direction d'acteurs est précise, et la mise en scène de l'auteur est comme à l'accoutumée alerte, enlevée, d'une redoutable efficacité.

Pas de temps mort, ça pulse, ça vibre. Nous sommes emportés par un vrai souffle, par une vraie dramaturgie sans effets de mode. Ici, on va à l'essentiel, à l'important.

Des scènes de corrida endiablées, des acrobaties « jumelles » alternent avec des moments plus intimistes.

 

Un judicieux décor transformable et polyvalent, beau et simple à la fois, relève lui aussi de cet esprit de troupe.
Avec soudain l'apparition d'une petite scène de théâtre. Je n'en dis pas plus.

Venez vous aussi découvrir les membres de cette famille Ortiz, venez rire, venez vibrer, venez être émus, venez découvrir sur scène la vie dans ce qu'elle a de drôle et de bouleversant.
C'est un spectacle incontournable de cet automne.

Et puis, ne manquez pas le dernier sourire lumineux de Charlotte Matzneff, juste avant le noir final.
Ce sourire, tout comme cette pièce très réussie, vous redonne foi et confiance dans le genre humain.

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