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L'A-Démocratie (2) - Avenir radieux, une fission française

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Quand la réalité dépasse la fission !


Sur le plateau, le bidon ELF a laissé la place au pupitre de la Commission Nationale du Débat public.
Nicolas Lambert poursuit sa trilogie consacrée à ce qu'il appelle judicieusement l'A-Démocratie française.


Le préfixe privatif A. Pas de démocratie. Des pratiques contraires à toute démocratie.
Des pratiques de notre Vème République, qu'en l'occurrence on pourrait qualifier de bananière. (Je m'auto-cite, depuis le premier article consacré à ce passionnant triptyque.)


Cette fois-ci, M. Lambert nous plonge dans un autre domaine régalien de l'Etat et de ses filiales : le nucléaire.


Il me faut rappeler le principe des trois spectacles : tout ce qu'il va interpréter a été réellement prononcé. Il n'invente aucune situation, ni à fortiori aucune parole, quelle soit technique ou politique.


Après avoir informé de façon jubilatoire qu'EDF et AREVA ont consacré un milliard d'euros (vous avez bien lu...) en budget de communication de Fukushima à nos jours, il entre dans le vif du sujet.


Il a choisi de nous rapporter des propos tenus en 2010 lors d'une série de débats sur l'utilité et les modalités d'une deuxième centrale nucléaire de type EPR en France, sur le site de Penly.
Des questions (peu) du public, et des réponses (très parcellaires) de la part des représentants de l'état, du directeur du projet Penly 3, du secrétaire général du Groupement Intersyndical de l'Industrie Nucléaire.


Le comédien donne vie de façon saisissante à tous ces personnages réels. Il les a observés, il les interprète de façon remarquable, changeant de gestuelle, de voix, de tics verbaux ou physiques.


Le but du jeu est de dégager les incroyables incertitudes des réponses, le sentiment d'opacité, de peur, d'inquiétude de ces réponses ou pseudo-réponses.
Et c'est très réussi. La filière nucléaire française est tout sauf transparente.

Ces débats seront entrecoupés de beaucoup d'autres scènes.

Nicolas Lambert nous interprète en fumant la pipe (de la sauge biologique...) plusieurs extraits d'une interview de Pierre Guillaumat par un journaliste allemand.
Pierre Guilllaumat, homme de l'ombre, premier patron d'Elf Aquitaine (on tourne en rond...), ancien ministre, administrateur du Commissariat à l'énergie atomique...
Membre des réseaux de Jacques Foccart, celui de la France-Afrique...
Un sacré pédigrée.

Le cynisme de cet homme, interprété magistralement par le comédien, m'a glacé les sangs.
La volonté de retenir l'information, de museler la presse, de vouloir écarter le parlement du dossier du nucléaire, tout ceci fait froid dans le dos.

Et puis, nous aurons également des extrait de discours politiques.
Nicolas Lambert imite alors de façon épatante et drôlissime Messieurs Mollet, Messmer, Mauroy, Mitterrand, D'Ornano, Giscard d'Estaing.
Sans oublier, cerise sur le gâteau, un Nicolas Sarkozy plus vrai que nature.

Tout ce personnel politique clame évidemment haut et fort les bienfaits du nucléaire !

Et puis, seront évoqués l'épineux dossier iranien et les attentats qui secouèrent la France dans les années 80-90, toujours en lien avec le sujet qui nous préoccupe.

Une nouvelle fois, dans ce deuxième spectacle, nous rions beaucoup. Ce que nous raconte le comédien est tellement à la fois si vrai et si « hénaurme ».
Mais ce rire se transforme vite en sentiment d'effroi. Depuis Tchernobyl, Fukushima, nous avons les preuves qu'il faut se méfier du nucléaire.

Cette fois-ci, Nicolas Lambert est accompagné au violoncelle par Hélène Billard.
L'excellente musicienne a branché son instrument très moderne sur un looper, générant ainsi des boucles musicales auto-samplées, ou encore différents effets, dont une pédale de distorsion.
Il en résulte des pièces itératives, parfois assez angoissantes. Comme le sujet du spectacle.
Mention spéciale aux glissandi imitant des sirènes d'alarme générale.

 

Ces deux heures sont à nouveau passionnantes. Passionnantes, pédagogiques et souvent angoissantes.
Parce que le dossier du nucléaire français l'est, angoissant.
Nicolas Lambert continue de nous informer par le biais du médium théâtre.
C'est un spectacle nécessaire.
Ce ne sont pas les étudiants en sociologie de l'Université d'Evry et leurs professeurs présents hier dans la salle qui me contrediront.

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