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Je m'appelle Erik Satie comme tout le monde

© Photo Y.P. -

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« N'écoutez jamais les critiques ! Ce sont des culs sans musique qui osent tendre leurs mains ! »
Ah il avait son franc-parler, M. Satie !


Au Théâtre de la Contrescarpe, Laetitia Gonzalbes a écrit et mis en scène un étonnant, délicat et passionnant spectacle consacré à ce musicien dont nous sommes beaucoup à ne connaître que quelques œuvres célèbres (les Gymnopédies, les Gnossiennes, La belle Excentrique (le générique de la mythique émission de Jacques Martin, le Petit Rapporteur...), le Morceau en forme de poire...), et à ignorer totalement le restant de son existence.


Melle Gonzalbes va combler nombre de nos lacunes, et nous allons être confrontés pour notre plus grand plaisir aux multiples facettes de l'artiste. Et de l'homme.


C'est l'infirmier d'un hôpital psychiatrique qui débute le spectacle, un portable à la main, appelant du renfort.
Etrange, pour une pièce consacrée à Erik Satie... Nous comprendrons plus tard...

Et puis voici les deux personnages principaux.
Le compositeur et son infirmière.
Nous sommes effectivement dans la chambre d'un hôpital psychiatrique.

Entre ces deux-là, va se jouer une épatante joute à fleurets mouchetés, prétexte à mieux faire connaissance.
Avec les deux.

Les épisodes drôles, surréalistes, mais également émouvants voire bouleversants des deux personnages, l'un historique et artistique, l'autre imaginaire, sont évoqués.
L'écriture de Laëtitia Gonzalbes, précise, alerte, comportant des formules qui font mouche et qui servent totalement le propos, cette écriture évoque bien entendu la vie, l'œuvre du musicien, mais va déboucher sur le mécanisme de création, sur l'évocation de la place de l'artiste, sur son rapport avec la Société, et puis, sans pathos de mauvais aloi, avec au contraire une grande dignité, sur la mort, celle que l'on subit, ou celle que l'on se donne.

Nous comprendrons, à la toute fin de spectacle, là où nous sommes et avec qui nous sommes.
Je n'en dis pas plus. Les spectateurs, dont votre serviteur, qui n'avaient pas du tout vu venir arriver la conclusion sont alors bouleversés.

Et puis un excellentissime duo interprète avec une infaillible justesse et une très grande complicité les deux rôles.

L'infirmière, c'est Anaïs Yazit.
La toute jeune comédienne, au délicieux petit souffle sur la voix, est dans un premier temps tout à fait pétillante.
Quel charme, quel espièglerie, quel allant, quelle justesse resortent de son interprétation.
Quel joli moment dansé, sous un grand voile blanc !
Et puis, alors que nous comprenons qui est réellement cette jeune femme en robe blanche aux motifs noirs, elle est complètement bouleversante.
On ne doute pas un seul instant de son personnage !

Quant à lui, Elliot Jenicot est un incroyable et épatant Erik Satie !
Dans son costume trois pièces, chapeau melon et parapluie, barbichette et bésicles pince-nez, il est véritablement le musicien surréaliste. (On dirait un peu un personnage à la Dubout.)
Celui qui vient de partir contraint et forcé de la Comédie-Française m'a une nouvelle fois enchanté.
Mais quel comédien complet ! A chaque fois que je le vois, il m'épate et me ravit !

(Mais comment a-t-on pu vouloir se passer au Français de cette formidable richesse dramaturgique qu'est Elliot Jenicot... Et je referme ma parenthèse!)

A son habitude, non seulement il nous enchante de sa façon de dire et d'interpréter un texte, mais il déploie tout son talent de mime, de danseur, sa capacité à adopter une gestuelle exacerbée, afin de donner vie à Satie.
Lui aussi nous bouleversera, lorsque nous réaliserons.

Les deux comédiens s'entendent comme larrons en foire, la complicité entre les deux est manifeste, Le duo fonctionne à la perfection.

Durant cette heure et dix minutes, il y aura à la fois la forme et le fond.
Cette pièce est un spectacle en noir et blanc.
La scénographie immaculée de Laetitia Gonzalbes tranche avec le costume, les deux petits pianos noirs à cour.
Et avec les illustrations de Suki.
De belles animations très graphiques, au trait fin et précis, illustrent très judicieusement les propos des comédiens.
Des courriers, des textes sont reproduits avec la très jolie calligraphie du compositeur.
Ce spectacle est aussi graphique, presque dépouillé.
Le fond et la forme, vous dis-je !

Je vous conseille vraiment cette pièce très originale.
Les parti-pris de l'autrice et metteure en scène Laëtitia Gonzalbes, le grand talent de ses deux interprètes Anaïs Yazit et Elliot Jenicot nous emmènent très loin, dans un bien beau voyage musical et humain.
De ceux dont on se souvient longtemps.

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A l'issue de la représentation, j'ai rencontré la metteure en scène et ses deux comédiens. Les trois artistes répondent de façon passionnante à mes questions.
Ce sera pour les jours qui suivent.

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